(69) RhôneLe Second Souffle

01/03/2019 – Malinga en trio au Second Souffle

L’improvisation remonte à la nuit des temps. Où tout objet usuel était terrain de jeu et d’expérimentation. Sur la calebasse qui servait de saladier avant qu’elle ne résonne savoureusement. Sur les cordes de la tente tirées au maximum pour faire face aux vents, et qui devenaient mélodies en les pinçant. Et que dire de l’utilisation du vent lui-même, tintant dans les poteries selon leur orientation. Chaque culture a fini par faire de la musique un art. Dans la musique indienne, dans la musique arabe, dans celle d’Andalousie ou encore d’Amérique du Sud, elle est devenue un raffinement. Un art de vivre. Il y avait déjà chez les grecs anciens cette idée que la musique charmait l’esprit et aidait à vivre. Encore davantage chez tous ces peuples qui ont réussi à lier leurs voix, comme une douce épidémie qui se répandrait aux quatre coins du monde jusqu’aux plus profonds des cœurs.

La musique de Malinga, c’est ça. Un voyage étonnant dans les mille facettes de ces musiques qu’on pourrait penser plurielles mais qui conservent en elles la trace du chemin parcouru, des dépôts, des sédimentations accomplis, des apports au passage, des lests laissés sur la route. Mais la musique de Malinga, c’est plus que ça. C’est l’accomplissement en actes, en sons, de ce voyage. Comme chez Karim Baggili ou encore chez Titi Robin, il ne suffit pas d’être croyant en la musique, il faut aussi la pratiquer et la puiser à la source.

C’est ce qu’ont fait et font encore ces artistes pour qui la rencontre avec l’autre est déterminante. Des occasions de nouer des contacts, en dialoguant avec l’instrument. Cet art du raffinement, ils le possèdent, ils le nourrissent, ils le font vivre, ils le donnent comme un cadeau, dans leurs compositions, leurs improvisations.

Un premier set  pour nous faire découvrir le langage et les subtilités du monde flamenco et d’Amérique du sud. Le trio marche à merveille et propulse immédiatement les esprits et les corps dans la danse, toute intérieure ici, dans ce restaurant dont on vantera toujours les mérites. Les musiciens sont au service d’un même groove, ça s’entend, ça se voit, ça enivre. Non contents de maîtriser parfaitement leur instrument, ils prolongent notre joie en ponctuant leurs discours de circonvolutions et d’arabesques imbriquant subtilement des rythmes dans le rythme, truffant le temps de petits bijoux mélodiques et harmoniques, pour nos oreilles en demande.

Le second set est tourné vers l’orient et la musique classique arabe. La flûtiste a troqué son instrument pour les tablas, qu’elle a apprises en Inde. Le guitariste a pris l’oud et le percussionniste le riqq. Et la magie opère. Le silence se fait dans la salle. La poésie, présente dès le début, entre à plein poumons. Il est des cadeaux qui réclament leur dû en recueillement. Il y a une dignité dans ce groupe, une complicité entre eux et avec nous qui impose le respect. Allez vite écouter leur musique, invitez-les dans vos salles à manger, procurez-vous leur dernier album. C’est du pur bonheur. Encore deux choses : le percussionniste joue dans la troupe du cirque Plume ! Les frères Kudlack, une partie de ma vie qui revient à l’évocation du cirque ! Encore de la magie pure. Et puis revenant à notre voiture pour rentrer dans nos pénates, nous avons croisé dans le métro, allez savoir, hasard ou destin, une jeune femme qui tenait son oud emballé dans sa caisse, à ses pieds. Elle s’appelle Amel Mabrouki, elle chante Oum Kalthoum en s’accompagnant de son instrument. Allez aussi l’écouter, sur facebook. Il y a des jours comme ça qui sourient.

 

Une pensée pour Jean Marc Aguirre, chroniqueur à Jazz Rhône Alpes, alité pour quelques temps suite à une cassure du péroné, et qui devait être de la partie ce soir-là. Bisous.

Doriane Mekki-Berrada: flûte traversière et tablas ; Amine Mekki-Berrada: oud et guitare ; Yacine Sbay: percussions.

Ont collaboré à cette chronique :

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