chronique de CD

06/03/2019 – The big band theory

Nous avons écouté récemment un CD splendide intitulé “The big band theory”, et qui est effectivement une belle “théoria”, un beau “tableau” exposant l’art musical de jouer d’un big band avec toute la puissance, la légèreté la beauté et les couleurs que cette sorte d”instrumentation permet. Et voici treize titres enregistrés en concert, dans le cadre du Festival Jazz Contreband, et qui en exposent toutes les possibilités.

La première chose que nous attendons d’un big band, c’est que ça déménage. Pas la peine, sinon de s’y mettre à une bonne vingtaine* si c’est pour faire du sur place. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le Big band de la Suisse Romande, ça bouge, ça remue, ça swingue, ça décoiffe, ça déménage effectivement. Convaincant en diable, une dynamique éblouissante : écoutez s’il vous plaît, bitte schön (la suisse alémanique n’est pas loin). Mais Alain Guyonnet (compositions, arrangements et direction) ne s’enferme pas en Europe. Quelques thèmes vont chercher leur parfum et leur inspiration du côté de l’Amérique latine, comme Candidamour, A beleza da muhler brasilseira, la Ramba et Voilà.

Alors le deuxième aspect : les couleurs! Dans les thèmes latins comme dans les thèmes  lents (Le cœur aux objets trouvés, Maristellina, Miss Blue…) nous sommes comblés par la suavité des accords, la beauté harmonique, l’entremêlement “serré”(Le Bolero de Rachel) des voix soulignées par le baryton, qui  met son grain. Splendeur des arrangements, richesse, originalité, Alain Guyonnet est bien devenu un maître de la “theory”. Ce qui n’exclut pas l’invention ni l’audace rythmique et harmonique: écoutez les introductions de Laxatwist ou de Ouille(!) par exemple.

En troisième lieu nous soulignerons la qualité, la précision des dix-neuf musiciens, déménageurs aux doigts de fées, dentelle tissée sous la férule du chef , solidité compacte de la masse sonore orchestrale, légèreté de l’ensemble, précision des tutti, des chorus, et de l’enregistrement. Pochette soignée et originale aussi.

Ah j’allais oublier la surprise du chef : un arrangement écrit dans l’urgence sur la proposition très originale du pianiste et harmoniciste Antoine Laville, de convaincre Alain, que  Thélonious Monk, c’est vraiment passionnant ; Antoine  a écrit  un blues surprenant dans l’esprit de Monk, Alain l’ a arrangé pour l’orchestre et a proposé à Antoine de “chorusser” à l’harmonica sur son thème: une vraie perle que ce Gorille de Blues.

 

 

 

 

 

 

 

* Direction arrangement et compositions, Alain Guyonnet

une rythmique chromée: Mathieu Rossignelly (piano) David Robin (guitare) Manu Hagmann (contrebasse), et Andy Barron à la batterie.

saxophones: à l’alto: Stefano Saccon, Samuel Huguenin; au ténor: Jérôme Thomas, Louis Billette; au baryton/ Christian Gavillet

les trompettes de Frâ Zeimetz, Guillaume Pluton, Zacharie Ksyst, Ian-Gordon Lennox

et les trombones: Alexandre Mastrangelo, Andrea Esperti, Yves Massy, Ross Butcher.

Et Antoine Laville à l’harmonica sur sa composition: Gorille de blues

 

Ont collaboré à cette chronique :

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