(69) RhôneA Vaulx Jazz

12/03/2019 – Projection du film Born to be Blue au Pathé Carré de Soie dans le cadre de A Vaulx Jazz et Carte blanche à Jean Méreu

Avec le retour du festival A Vaulx Jazz cette année, nous retrouvons les projections de films musicaux au cinéma Carré de Soie. Mais pour une seule projection lors de cette édition. Il s’agit de Born To Be Blue, consacré à Chet Baker. Le long métrage de Robert Budreau mélange récits réels et fictifs, et s’attache à raconter une partie de la vie du trompettiste. Le film démarre à partir de son agression  par des dealers en 1966, qui lui cassent la mâchoire et une partie de ses dents. Il se fera un point d’honneur de revenir sur scène. Le long métrage montre bien cette époque où les jazzmen sont dépendants des drogues. Il montre également les relations entre musiciens. Avec comme ici, la rivalité avec Miles Davis et le soutien de Dizzy Gillespie. Le film se termine avec le retour sur scène au Birdland à New York devant ses pairs et avant le départ pour la deuxième carrière de Chet Baker en Europe. Le film retrace avec beaucoup d’émotion et de sensibilité la vie du musicien.

Lors des anciennes éditions du festival, les films étaient présentés par Robert Lapassade que nous connaissons bien sur Lyon dans la vie du jazz. Cette fois c’est une carte blanche à un musicien qui nous donne sa vision de l’œuvre et de la vie de Chet Baker après le film. Qui mieux qu’un trompettiste pour parler d’un autre trompettiste ! C’est Jean Méreu qui nous fait partager la vie de Chet. Le trompettiste lyonnais a commencé dans l’harmonie locale de son lieu de naissance à St-Vallier en Saône-et-Loire, et poursuivit ses études de trompette au Conservatoire de Lyon. Il a ensuite été membre actif du Hot-Club de Lyon où il crée dès 65 le premier groupe lyonnais de free-jazz tout en jouant dans la grande formation du Hot-Club et en orchestre de danse. Il joue avec de nombreux collectifs et dans plusieurs orchestres avec pour dominante son appartenance à l’ARFI. Il a enregistré avec des grands noms du jazz et travaillé pour des musiques  de théâtre avec de grands metteurs en scène.

Jean Méreu démarre sa conférence avec une belle transition, en entonnant un solo de trompette dans la pénombre du générique de fin du film. Il nous propose tout d’abord, d’aller au-delà des clichés qui caricaturent Chet Baker : la drogue, les femmes, les voitures de sport et l’image du James Dean du jazz ! Pour cela, il cite un passage d’un texte de Pascal Anquetil dans Jazz Magazine qui dit que Chet est « …un messager nomade de la beauté… ». Il parcourt ensuite la biographie du trompettiste américain, depuis ses débuts au trombone, en passant par ses passages dans l’armée américaine à Berlin puis aux Etats-Unis, et jusqu’à son retour sur la côte ouest et ses véritables débuts professionnels. Les trente-six ans de carrières avec des hauts et des bas se distinguent en deux épisodes. Le premier aux Etats-Unis de 1952 à 1966, jusqu’à son agression. Puis le second, du début des années 70’ en Europe à sa disparition, à Amsterdam, en 1988. Il décrit ensuite la personnalité de Chet Baker, comme un talent hors norme qui n’a pas eu de véritable professeur et qui a acquis un jeu et un son par son expérience et son travail. Il cite Jean Louis Chautemps qui précise « …qu’il ne se soucie pas de l’harmonie d’un morceau… », sans faire une seule fausse note. Il fallait juste lui dire sur quelle note commencer. Le conférencier poursuit en précisant qu’il n’était pas un athlète de la trompette mais qu’il avait un phrasé rapide et fort. Les années européennes, où il est qualifié d’«ange déchu », ont permis de mettre son émotion à nue. Il conclut la description par une nouvelle citation de Pascal Anquetil disant  qu’il avait « une sobriété et une élocution lente ».

Le trompettiste de l’ARFI nous présente quelques rudiments et explications avec son instrument pour nous faire comprendre la complexité de la trompette. Il définit l’instrument comme « une embouchure avec trois pistons et sept positions ». La note de base est déclinée avec ses harmoniques et les combinaisons du jeu et des positions. Il poursuit en disant que l’instrument se rapproche de la voix et imite Louis Armstrong, puis cite d’autres trompettistes aussi chanteurs comme Dizzy Gillespie, Don Cherry et Chet Baker. Il nous indique que ce dernier a enregistré My Funny Valentine quarante fois et l’a joué à tous ses concerts ! Le trompettiste américain a déclaré qu’il « joue toutes les notes chantées et chante toutes les notes jouées ». Il nous précise qu’il connait tous les répertoires, américains comme européen. Il nous donne trois dernières citations de Chet lui-même qui montrent bien le caractère entier de l’artiste :

  • « Pour moi, le jazz est une façon de vivre et je ne pourrais pas vivre sans lui et vraiment, j’essaye de tout donner durant mes concerts ».
  • « J’aime jouer et je pense vraiment que c’est l’unique raison pour laquelle je suis venu au monde »
  • « Je joue chaque set comme si c’était le dernier ».

Il termine en citant de nombreuses participations comme acteur et interprète musical dans des films, puis les participations aux bandes originales de film, et enfin les courts et longs métrages qui lui sont consacré. Jean Méreu nous offre en guise de conclusion une interprétation de ‘Round about midnight avec sa trompette équipée d’une sourdine. Nous planons avec les notes bleues de l’Ange déchu.

Ont collaboré à cette chronique :

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