(69) RhôneA Vaulx Jazz

21/03/2019 – Theo Ceccaldi & Freaks à A Vaulx Jazz

S’inscrivant dans la lignée française des violonistes de jazz après Stéphane Grappelli, Jean Luc Ponty et Didier Lockwood, Théo Ceccaldi, la trentaine tout juste installée, collectionne déjà les distinctions dans le monde du jazz hexagonal après avoir été élu en 2014 Révélation de l’année , en 2016 Musicien Français de l’année par Jazz Magazine et enfin en 2017 Révélation de l’Année aux Victoires du Jazz. Il faut dire que le violoniste ne ménage pas sa peine multipliant les rencontres et les projets les plus divers soit au sein de son collectif orléanais Tricollectif ou avec son propre trio soit au sein de l’ONJ d’Olivier Benoît ou  avec la contrebassiste Joëlle Léandre ou encore le pianiste Roberto Négro avec lequel il vient juste de publier un des meilleurs albums de début 2019 Montevago (Brouhaha /L’Autre Distribution 2019) dans lequel le duo revisite les danses européennes traditionnelles.

Le projet Freaks présenté ce soir à A Vaulx Jazz a beaucoup mobilisé l’artiste en 2017 pour aboutir à l’album Freaks- Amanda Dakota (Tricollection/L’Autre Distribution 2018). Le sextet Freaks,  autour de Théo Ceccaldi, réunit un gang énergique et bipolaire avec le complice et frère Valentin Ceccaldi (violoncelle et guitare) , Quentin  Biardeau (sax ténor et claviers), Matthieu Metzger (sax alto et baryton), Giani Caserotto (guitare) et Etienne Ziemmak (batterie).

Le concert débute sur un mode psychédélico-free dissonant qui débouche sur le titre Tchou Tchou ou s’impose le style contrasté de la formation alternant passages explosifs et tendus avec de plus rares moments planants et oniriques. Pour suivre c’est Amanda Dakota le morceau qui donne son titre à l’album présenté ici comme une chanson d’amour avec son refrain chanté et une trame musicale que le groupe accepte de voir qualifier de jazz punk psychédélique radioactif et contrasté ce qui finalement convient bien au mélange d’improvisations et de rock tantôt punk tantôt progressif  que l’on entend avec cette succession de contrastes ou même de révolte et d’apaisement dont on parlait ci-dessus. Il est certain que pour que cela fonctionne si impeccablement il faut dans le sextet une véritable dynamique de groupe positive faite autant d’abnégation que de virtuosité et de prise de risque. Musicalement on frôle le sublime dans un passage ou seuls jouent guitare, violoncelle et violon alors que deux minutes plus tard on est plongé au cœur d’un univers zappaïen torturé et déjanté avec une utilisation du violon que Zappa lui-même n’aurait jamais autorisé à Jean Luc Ponty.

Pour le rappel le groupe revient avec Henri m’a tuer où Théo Ceccaldi démontre qu’il sait aussi utiliser classiquement son violon dans un copieux chorus ou toute la formation se met au service de son leader.

Un concert décapant, un peu éloigné de ce la vox populi appelle le jazz mais finalement très enivrant et stimulant si on accepte de rentrer dans cette musique libérée et d’une incroyable richesse.

Ont collaboré à cette chronique :

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