(42) LoireJazz à Montbrison

21/03/2019 – Yazz Ahmed à Jazz à Montbrison

 

Belle intuition de programmation de la part de Jazz à Montbrison que d’inviter Yazz Ahmed à faire l’ouverture du festival, intuition dans le sens où lorsque la programmation s’est faite, la trompettiste anglo-bahreïnienne n’avait pas encore la notoriété qu’elle a acquise depuis. Excellent choix pour un festival qui depuis deux saisons défend une programmation dédiée aux femmes dans le jazz. Ce qui n’implique pas un jazz qui serait féminin mais  révèle le souci de laisser un peu plus de place aux musiciennes et compositrices pas encore aussi nombreuses que les hommes dans le jazz, mais pourtant là.

Et bien là serait-on tenté d’ajouter en ce qui concerne Yazz Ahmed. En effet sa musique est un mélange réussi de thèmes qui plongent leurs racines dans les musiques traditionnelles et savantes de Bahreïn et du Moyen-Orient, dans le jazz et le rock progressif, où l’acoustique et l’électronique font bon ménage (effets divers et boucles). Le mix qui en résulte est qualifié par certains de « psychedelic arabic jazz ». Nous nous garderons de toute catégorisation trop précise pour ne garder que l’essentiel : Yazz Ahmed est une musicienne et compositrice du 21èmesiècle qui puise dans des expériences musicales très diverses, une inspiration dont elle nous livre une synthèse attachante et sensible. Elle utilise à parts égales la trompette et un inhabituel bugle à quart de ton, les sonorités qu’elle en tire au travers de ses compositions font autant appel à l’intellect qu’aux émotions, c’est sans doute cette double communication qui rend l’écoute de cette musique si plaisante, si touchante.

Yazz Ahmed nous entraîne alors vers des paysages musicaux d’une grande beauté formelle et pleins d’une poésie où s’entrecroisent ses différentes origines musicales. Pour ce faire elle s’appuie sur un groupe solide tout dévoué à l’œuvre « in progress » de sa leader : la rythmique est assurée par Martin France à la batterie et David Manington à la basse, même si le batteur est apparu parfois un peu présent sur certains morceaux pour le premier rang, c’était me semble-t-il plus dû au choix d’emplacement des musiciens sur la scène, qu’à la salle dont l’acoustique et la sonorisation sont habituellement très bonnes. Sinon les polyrythmies propres à ce type de musiques sont  parfaitement en place et le bassiste jongle en permanence avec le batteur, l’un et l’autre n’hésitant pas à se lancer dans des solos pleins d’imagination. Sur ce tapis rythmique très créatif, Ralph Wyld au vibraphone peint des décors propres à mettre en valeur les compositions et le jeu de sa leader par un accompagnement subtil et en prenant des chorus fertiles en invention. Le programme reprend les titres du dernier album et au moins un titre dédié à Rosa Parks représentatif du prochain album qui devrait voir le jour en 2019.

Nul doute qu’avec sa façon très personnelle d’explorer les sonorités, les couleurs, les effets, les tonalités, Yazz Ahmed est en train de se tailler un espace singulier dans ce vaste espace musical qu’est le jazz, où la diversité est la règle.

Ont collaboré à cette chronique :

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