(69) RhôneA Vaulx Jazz

27/03/2019 – Chris Potter Circuits à A Vaulx Jazz

Depuis son album Vertigo en 1998 qui lui a valu une reconnaissance internationale, le saxophoniste Chris Potter a mené conjointement une double carrière d’une part en tant que leader avec presque une vingtaine d’albums sous son nom et d’autre part en tant que sideman notamment  auprès du batteur Paul Motian, du contrebassiste Dave Holland et du guitariste Pat Metheny  pour ne retenir que les contributions les plus significatives. Aujourd’hui après une série de trois albums sur le label ECM, il revient avec son nouvel album Circuits (Edition Records 2019) à un jazz plus énergique et intense avec des mélodies accrocheuses tout en laissant de la place pour des improvisations. Enregistré en 2017 avec Eric Harland, James Francies et Linley Marthe, Chris Potter a choisi pour sa tournée européenne d’une vingtaine de date qui commence ce soir à A Vaulx Jazz, une toute nouvelle équipe  encore plus prestigieuse puisqu’on y trouve le claviériste Craig Taborn (que l’on retrouvera à Jazz à Vienne auprès de John Zorn), le batteur Justin Brown souvent derrière Ambrose Akinmusire et Thundercat et le bassiste Tim Lefebvre qui a apporté son savoir-faire à Elvis Costello, David Bowie et jusqu’à tout récemment au Tedeschi Trucks Band.

Comme pour mettre les sens en appétit, Chris Potter ouvre son concert avec un chorus de flûte de trois minutes (il ne reviendra à cet instrument qu’un autre bref instant en milieu de concert) avant de s’emparer de son sax ténor  pour se lancer dans The Nerve , une composition phare du dernier album. Dès ce premier morceau, il place un colossal chorus où éclate un son d’une incroyable puissance et profondeur, laissant transparaître non seulement une technique sans faille mais aussi une grosse envie de jouer et d’entraîner ses musiciens dans le plaisir du « faire ensemble ». Très vite ses compagnons réagiront et tenteront de se hisser au diapason de leur leader soit en se lançant dans un premier chorus pour Craig Taborn derrière son piano et ses multiples claviers soit en appuyant davantage leur rythmique implacable pour Tim Lefebvre et Justin Brown.

Dès le deuxième morceau Circuits la composition qui donne son titre à l’album, l’implacable machine à groove est en place et peut s’envoler vers le sublime derrière leur leader toujours aussi catalyseur et inspiré sur son ténor : Craig Taborn brille et se déchaîne sur son Fender Rhodes, Justin Brown place un impeccable chorus de batterie tandis que Tim Lefebvre stimule inlassablement l’ensemble.

On est tout juste à trente minutes de concert et on est en droit de se demander si le quartet n’a pas déjà tout donné ; pas de soucis il y a de la ressource chez ces talentueux musiciens surtout que l’album Circuits contient plein de nouvelles pépites à explorer (Green Pastures, Exclamation…) et à enchaîner  ce qui sera fait avec encore plus d’affirmation et  de brio dans la demi-heure suivante où se succèdent les interventions au saxophone, tantôt apaisées tantôt brûlantes, sans oublier de laisser de la place au reste du quartet qui a tout aussi envie de briller. Le public ne s’y trompe pas en saluant généreusement chaque chorus sans toutefois se rendre compte que pour ce quartet il s’agit ce soir d’une première et qu’il touche déjà au sublime.

Pour le rappel ce sera un morceau inédit Sweet tout à fait indiqué pour remettre les idées en place après ce concert d’une rare densité et époustouflant de bout en bout.

 

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