(38) IsèreJazz à VienneLes Détours de Babel

28/03/2019 – Anne Paceo « Fables of Shwedagon » au Manège à Vienne

Les lumières du Manège s’éteignent. Les enceintes diffusent des chants venus de très loin.  Dix silhouettes se détachent en ombres chinoises derrière le blanc cyclo du fond de scène. Les musiciens rejoignent leurs places respectives, séparés du public par une barrière dorée. « Détours de Babel » et « Jazz à Vienne » ont coproduit ce concert UNIQUE à bien des égards. C’est en effet la seule date française depuis sa création à Coutances le 27  mai 2017*. Il est, somme toute, rarissime d’entendre des musiciens birmans. La plupart des instruments traditionnels étant invisibles des gradins, notre photographe va satisfaire une partie de votre légitime curiosité…

Entamé par la guitare de Pierre Perchaud, le serein Le Soleil, la Lune et l’Etoile du soir voit l’arrivée successive des percussions, du sax soprano, du piano, de la batterie et de la contrebasse. Plus emphatique, Yin Padey Thar s’ouvre avec le piano de Gauthier Toux et permet d’entendre le hné (lointain cousin du hautbois) de Htun Oo. Quelques têtes dodelinent grâce à l’entraînant Every Night Has a Morning qui met en avant le sax ténor de Christophe Panzani. Plus contrasté, l’éponyme Fables of Shwedagon nous offre quelques mesures chantées au milieu des sons du Maung Hzaing de Kyaw Soe, ses trente-six petits gongs et ses baguettes, des sept tambours du chauk lone pat de Kyie Mint, de la contrebasse de Joan Eche-Puig et du discret siwa (clochettes et woodblocks) de Ye Minh Thu. Tout à fait apaisé et apaisant, Yamona précède le puissant Jasmin flower où la batterie d’Anne Paceo sonne en pleine connivence avec les vingt-et-un tambours du pat waing de Heint Tint. L’enthousiasmant Hla Thuzar est une chanson très populaire en Birmanie dans laquelle Kyie Mint donne de la voix. Une longue liste de remerciements précède le chatoyant Myanmar Folk Song  avec un poignant dialogue entre hné et soprano.  Demandé par un public debout, le rappel est une guillerette Chanson du Poulet qui « ne chante pas pareil ! » comme l’a constaté Anne lors de ses voyages au Myanmar. 

Composé par Anne Paceo et Heint Tint ou directement issu de la tradition, le répertoire semble avoir tourné des années alors qu’il n’en est qu’à sa quatrième interprétation publique, France et Birmanie confondues. Si le jazz a toujours su accueillir d’autres musiques, encore faut-il que la rencontre devienne partage !  Ici l’enchantement est de tous les instants. La complicité semble instantanée malgré les différences linguistiques et culturelles qu’on imagine. La complexité se mue en évidence tant chacun a trouvé sa place dans cet assemblage ou le « jouer ensemble » redonne espoir dans l’utopique « vivre ensemble ». Un unique concert ou un concert unique pour quelques oreilles connaisseuses et/ou  curieuses…

*Le CD est l’enregistrement public de « Jazz sous les pommiers ».

 
 

Ont collaboré à cette chronique :

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