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29/03/2019 Soirée Blues A Vaulx Jazz : Ladell McLin Trio – Delgrès – The Buttshakers

Programme copieux pour cette traditionnelle soirée blues d’A Vaulx Jazz qui attire toujours autant de public (même si la salle fut loin d’être bondée), avec trois formations à l’affiche et une contrainte bien acceptée par les musiciens ce soir de se tenir à une durée du set de maximum une heure.

Première formation à venir sous les spots Ladell McLin Trio qui arrive de Chicago influencé bien sûr par les bluesmen de la ville avec qui il a croisé sa guitare au premier rang duquel Buddy Guy bien sûr, mais il semble surtout tombé tout jeune dans une marmite de Jimi Hendrix auquel il emprunte pas mal de gimmicks sans compter son look qui s’inspire des meilleurs clichés du Voodoo Child tant avec son chapeau à plume que sa tunique orangée et son pantalon psychédélique. Epaulé par des musiciens qui ne font pas dans la nuance, Icheme Zouggart à la basse et Chris Daily McCraven à la batterie, le trio délivre un set carrément blues rock dans la pure lignée des power-trio seventies. Il n’oublie pas de revisiter quelques standards blues des maîtres Son House ou Willie Dixon avec notamment une reprise de Spoonful qui  tient plus de la version de  Cream que de celle de  Howlin Wolf. Il complète son set avec des titres tirés de son album le plus connu Stand out (2005) notamment Plays the blues 4 U et Mona Lisa qu’il interprète systématiquement sur scène. Après un instrumental prétexte pour un chorus de chaque musicien, il quitte la scène au bout de cinquante minutes en laissant une impression d’une forte énergie un peu éloignée toutefois du pur esprit blues.  

A travers Delgrès, on aborde un tout autre rivage avec ce trio de blues français mais certainement devrait-on plutôt  parler de blues créole tant par la langue choisie pour l’écriture des compositions et le chant que par la référence à Louis Delgrès un personnage phare de l’histoire guadeloupéenne et de la lutte contre l’esclavage. Créé par le musicien multi-instrumentiste et chanteur Pascal Danaë dans le prolongement de  l’expérience Rivière Noire, il y a maintenant quatre ans avec la complicité du batteur Baptiste Brondy et du joueur de tuba et de sousaphone Rafgee, le trio Delgrès est un projet qui a lentement mûri  d’un désir de prendre la musique par les racines (La Guadeloupe, le créole, le blues, le jazz de la Nouvelle Orléans, la Louisiane…). Le résultat  de ce travail de maturation s’est traduit par la sortie en septembre 2018 de l’album Mo Jodi  [Pias 2018] tout de suite remarqué par la critique et la presse unanime au point que pour partir à la conquête de l’international  une nouvelle édition gold vient de voir le jour avec des inédits. C’est bien sûr un florilège  de cet album qui servira de répertoire au concert de ce soir avec notamment en début de concert le titre Mo jodi, hommage à Louis Delgrès combattant de la liberté, suivi de Ramene Mwen  où le public est invité à chanter et à répondre au chant de Pascal Danaë avant de laisser la place à un chorus de Baptiste Brondy. Par ces temps de gilets jaunes et de grand débat,  le titre Mr Président prend une saveur toute particulière. Avec son  jeu de guitare slide, Sere mwen pli fo  (serre-moi plus fort) sonne comme  une superbe balade blues romantique que n’aurait pas reniée JJ Cale. Le temps passé d’un capiteux solo de sousaphone , on se dirige vers le final où le batteur abandonne ses fûts pour venir en devant de scène avec un ukulélé pour débuter un titre phare du groupe Vivre sur la route  dont il existe une version avec Jean-Louis Aubert (on peut pas vivre sur la route comme ça toute la vie…I can’t live without your love …).

Un coté « root » et exotique, qui renouvelle le genre à la fois  dans le paysage  blues et rock où on leur souhaite de pouvoir durablement s’installer car le projet a vraiment son originalité .

 

Avec The Buttshakers, la  formation lyonnaise choisie pour clôturer cette soirée blues, on est en terrain connu avec une musique fortement teintée de rhythm’n’blues, de soul cuivré et funky. Emmené par la chanteuse américaine charismatique Ciara Thompson, le gang lyonnais rodé et incisif en charge des  parties instrumentales comprend Sylvain Lorens (guitare), Vincent Girard  (basse), Josselin Soutrenon (batterie), Thibaut Fontana (saxophone) et Guillaume Nuss (trombone). Si le groupe existe depuis déjà huit ans, en signant l’an dernier sur le label Underdog Records pour son album Sweet Rewards , il a donné une nouvelle impulsion à sa carrière qui permet maintenant d’évoquer le style de Sharon Jones voir même de Tina Turner ou d’Amy Winehouse (tatouages compris pour cette dernière référence ! ).

Ce sont naturellement les titres de Sweet Rewards qui constitueront principalement le répertoire du concert avec notamment le remarquable morceau où on est obligé de penser à l’engagement d’un  Marvin Gaye. A trois reprises sur des morceaux plus dansants Ciara Thompson ne ménagera pas sa peine en descendant au milieu des spectateurs  pour faire  « bouger les fesses ». Au milieu du concert le titre Sweet rewards calmera un peu le jeu ; la voix de Ciara Thompson s’élève magnifiquement bien servie par un jeu de scène plein d’entrain et d’amples mouvements alors que derrière tout l’orchestre est impeccablement en place. Pour le final ce sera Roll Miss Roll débuté uniquement avec Sylvain Lorens à la guitare avant que tous les autres musiciens viennent fortissimo apporter la touche finale à ce concert rondement mené.

Contrat rempli pour les Buttshakers qui ont fait danser une bonne partie du public pendant que le reste a savouré le show jusqu’au bout alors que minuit était largement dépassé.

Ont collaboré à cette chronique :

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