(38) IsèreLes Détours de BabelMC2

30/03/2019 – L.Subramaniam & Ballaké Sissoko pour les Détours de Babel

Cette production Des Détours de Babel en partenariat avec la MC2 a permis une création transculturelle mettant en valeur la culture de l’hospitalité. Deux légendes, le violoniste Lakshminarayana Subramaniam originaire du sud de l’Inde et Ballaké Sissoko, maître de kora malien ont travaillé ensemble. Le premier s’inspire du raga indien, l’autre des mélodies mandingues, ils nous apportent leurs constructions musicales ce soir.

Dans un décor épuré, Ballaké, seul, pince ses cordes rapidement, les yeux à demi fermés. La mélodie, d’abord tranquille s’anime peu à peu.

Il est rejoint par Fasseri Diabaté au balafon (sorte de xylophone, comportant des lames de bois que l’on percute avec des baguettes et dont le son est amplifié par des calebasses disposées en dessous). L’instrument impressionne, le musicien également. Il nous charme par un long solo, la kora le rejoint, enchanteresse. Ils poursuivent sur un thème très vivant. Les cordes vibrent, les lattes éclatent, toutes très sonores. Ils laissent la place à leurs amis indiens.

L. Subramaniam s’installe au violon et Dsr Murthy au mrigandam (instrument de percussion indien d’origine ancienne, tambour à double face dont le corps en bois est creux. Aux extrémités, deux ouvertures recouvertes de peau de chèvre sont lacées l’une à l’autre par des lanières tirées sur le pourtour du tambour. Elles vibrent lorsque le musicien les tapent, mais de largeurs différentes, elles produisent alors des basses et des aigus sur le même tambour).

Ils nous jouent la musique carnatique du sud de l’Inde. Le violon souffle fort, lentement, comme le vent. Quand il s’agite, l’archet ondule comme une vague sans fin. Le percussionniste tape vivement son instrument qui vrombit. Le violon tressaute. La chaleur monte. Une danse s’annonce, flamboyante. Ils s’emballent avec plaisir dans un galop sans fin. La course se prolonge. Saccades, passion, virulence, leurs regards souriants ne se quittent pas…

Enfin, les quatre musiciens se retrouvent ensemble sur scène, L. Subramaniam proche de Ballaké Sissoko. S’élève le chant du violon auquel répond la kora puis le balafon, un peu plus grave. Celui-ci pianote, tandis que la kora étincelle. D’abord seul, le mrigandam s’exclame, poursuivi par le groupe. L’échange, chaleureux, vivant, s’exprime de plus belle. La clameur jaillit, radieuse. Les musiciens s’écoutent les uns les autres sans discontinuer. Les applaudissements fusent !

Un morceau dont le nom n’a pas encore été décidé, basé sur les deux traditions, carnatique et mandingue, commence. La mélodie du violon, profonde, s’illumine du cliquetis de la kora. Le mrigandam étoffe l’ensemble. Le rythme, plein d’allant, est partagé par les artistes.

Basé sur un raga lancé par le violon, la kora tintinnabule, le mrigandam court. De larges sourires traversent les visages des musiciens. Mais quand s’arrêteront-ils ? Jamais ! Alors ils reprennent leur refrain, le public les accompagne, tapant des mains.

Ballaké remercie en français et introduit le rappel : un morceau pour calmer le jeu en ces temps très perturbés au Mali. Sur une introduction fine et douce de la kora, le violon lui répond d’un souffle chaleureux. Le tambourin chemine gaiement. Le thème se termine sur le reflux des vagues…

 

Fasseri Diabaté : balafon; Dsr Murthy : Mrigandam ; Ballaké Sissoko : kora ; Lakshminarayana Subramaniam : violon

Ont collaboré à cette chronique :

X