(26) Drôme

20/04/2019 – Hommage à Al Jarreau par Celestial Q-Tips et Ronald Baker Quintet à Montségur-sur-Lauzon

Celestial-Q-Tips et Ronald Baker Electric Quintet à Montségur-sur-Lauzon

Un « Al Jarreau Tribute » exceptionnel…

Que dire, lorsqu’on assiste à une soirée musicale qui tient sous le charme du début jusqu’à la fin ? Peu de choses inutiles, parce qu’on les cherche encore, surtout lorsqu’il s’agit d’une soirée hommage, et que cet hommage va à Al Jarreau.

Une très belle idée des Amis du Jazz Traditionnel, d’Agnès Liaudet, en ce week-end pascal, qui ont eu le privilège de réunir sur la scène de la salle des fêtes de Montégur-sur-Lauzon deux formations aussi différentes que talentueuses, revisitant, chacune à leur manière, l’œuvre de ce musicien de génie, disparu en 2017.

Eu égard à l’artiste inspirateur, on attendait forcément beaucoup. D’autant qu’Al Jarreau était assez insaisissable quant au style de musique qu’il abordait dans ses albums.

« Relever le gant » revenait au sextet Celestial-Q-Tips. En ouverture et à cappella. Celestial-Q-Tips, pour ceux (rares) qui ne connaîtraient pas encore, c’est un sextet né par la volonté d’Hervé Aknin (40 ans de musique dans la tête), qui découvre Al Jarreau en 1981. Tombé dans le jazz à la même période, cela faisait une quinzaine d’années qu’il caressait le projet d’un hommage à l’artiste. En pratique, Hervé monte un atelier « a cappella » au JAM de Montpellier. C’est là que naîtront les racines de Celestial-Q-Tips, et aussi les premiers arrangements. Mais seul, hors de question de poursuivre cette route. Alors il recrute, et il recrute d’abord au féminin. Laurence Ilous (qui a créé le groupe Bloom – un autre beau bébé –  avec Mélina Tobiana) est la première à « prendre le AJ-Train ». Et puis vont la rejoindre très vite Aurore Rakotomalala et Emilienne Chouadossi. A quatre voix sur un morceau, l’expérience est concluante. La sauce a pris, une sauce qu’il faut à présent masculiniser. Kevin Norwood prend son ticket très vite, et puis Jérémy Bonjour qui, pour d’autres raisons professionnelles, ne s’attardera pas, remplacé par la suite par Sylvain Bellegarde.

Lorsque le sextet prend possession de la scène, on se rend très vite compte que le « Chef Hervé Aknin » a bien réussi son alchimie : les six voix, les six tessitures forment naturellement un ruban de bonheur qui nous entoure, nous prend aux tripes et par la main, pour nous entraîner dans « leur » univers Al Jarreau, un Al Jarreau qui aurait été certainement scotché par la restitution de son œuvre, telle que nous l’offre Celestial-Q-Tips. Chacune et chacun est « juste » à sa place, pour s’intégrer dans un mélange de force, d’énergie et de douceur qui aura apporté joie, admiration (jusqu’à l’extase pour certains?), en regard de la réaction d’un public entièrement conquis.

Celestial-Q-Tips a produit ce soir-là une douzaine de morceaux revisités, mais ils auraient pu en produire cinquante, on les aurait suivis jusqu’au bout du chemin…

Après eux, il fallait un « grand », tant la barre avait été placée haut et le Ronald Baker Electric Quintet aura été une merveilleuse pioche. Depuis un an et demi, Ronald Baker travaille sur ce projet d’hommage à Al Jarreau qu’il est venu présenter, cette fois, donc , en version quintet même si, à la base, il s’entoure d’un sax en plus. Al Jarreau a beaucoup influencé Ronald Baker, lui qui écoute la musique de son mentor depuis qu’il a treize ans. Il aura aussi l’opportunité de faire sa première partie, en 2009 à Strasbourg, une prestation qui lui aura laissé un sentiment de tristesse profonde tant Al Jarreau était apparu, déjà, très fatigué.

L’influence du Maître est indéniable lorsqu’on écoute « à travers » la voix de Ronald Baker. Alors, pour porter ce projet, il a su s’entourer, et bien s’entourer : Jeff Hoffmann d’abord, dont la guitare tient ses attaches à Chicago, Los Angeles ou Paris, un Jeff Hoffmann qui, même s’il s’en défend, a vraiment tout d’un « Grand ». En écho, à la basse, Fabricio Nicolas, aussi discret que puissant dans la force de son jeu. François Faure est aux claviers et, à l’entendre, il a dû naître dedans, face à son « complice » Bruno Pimenta, à la batterie, dernière touche émérite de ce quintet déjà bien rôdé.

On le savait dès l’annonce de cette soirée : elle allait être d’enfer. Tout le mérite en revient aux Amis du Jazz Traditionnel de Rochegude, et à Agnès Liaudet en particulier qui, autour de la personnalité extraordinaire qu’était Al Jarreau, a su construire une soirée « pleine », a cappella dans sa première partie (vous êtes sûr qu’il n’y avait pas d’instruments?…) et musicalement décoiffante dans sa seconde.

Il n’est pas question ici (ça, c’est pour les grincheux) d’une quelconque brosse à reluire. Il est toujours bon de souligner ce qui est. Ronald Baker, c’est du lourd et on le savait. Celestial-Q-Tips, c’est certes plus jeune, mais la patte d’Hervé Aknin a su faire de son sextet un ensemble qu’on a envie de réécouter, encore et encore. Le final, où les deux « leaders » se sont retrouvés sur scène, a eu des allures d’apothéose.

Remercie-t-on vraiment assez les musiciens, pour ce qu’ils nous apportent ? C’est à souhaiter, car ce bonheur commutatif permettra, des deux côtés, de vivre encore des moments de grâce, comme cette soirée du 20 avril nous en a procurés.

Alors, merci Hervé, et thanks to you, Ronald. Sans oublier vos troupes. Tous étaient là, et bien là.

C’est Al Jarreau qui a dû être content…

Ont collaboré à cette chronique :

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