(01) Ain

30/04/2019 – Fred Pallem & Le Sacre du Tympan au Théâtre de Bourg-en-Bresse

Une Odyssée sonore et cinétique

Grand absent de sa précédente programmation, le jazz est revenu cette année par deux fois au Théâtre de Bourg-en-Bresse, et de façon massive puisque les deux propositions concernaient de grosses formations, le Very Big Experimental Toubifri Orchestra en début de saison puis ce soir avec le bassiste Fred Pallem et son Sacre du Tympan, concert bien opportun en ce spécifique Jazz Day. Moins nombreux qu’à leurs débuts il y a vingt ans où Fred Pallem réunissait dix-sept jeunes musiciens du CNSM de Paris, ils n’étaient que douze pour ce nouveau projet « Odyssée » dont, pour la première fois et selon une vieille envie du leader, la présence d’un quatuor à cordes. Notons que le Sacre du Tympan a toujours été un riche vivier de talents puisqu’il a notamment vu passer en son sein des grands noms d’aujourd’hui parmi les plus iconoclastes tels Christophe Monniot, Thomas de Pourquery, Théo Ceccaldi (tous les trois sur l’album), ou Médéric Collignon (lequel d’ailleurs avec MoOvies en 2016 se plongeait lui aussi dans les B.O des thrillers mythiques des années 60-70). Rappelons encore que le bassiste qui avait commencé par la contrebasse comme élève du maître Jean-François Jenny-Clark est, à quarante-six ans aujourd’hui, un poids lourd du microcosme musical français, avec un CV dingue où il serait plus court de dire avec qui il n’a pas encore joué tant il a été partout. Mais il est surtout devenu un compositeur à l’esthétique pleine d’images et de fantaisie, très inspiré des génériques de films si typiques des années 60-70. Ainsi, il ressuscite  à sa façon tout un pan de notre imaginaire collectif, où se côtoient les plus grandes signatures du genre, de John Barry à Lalo Schifrin en passant par Ennio Morricone, Miles Davis et surtout François de Roubaix (jeune génie français disparu à seulement 36 ans, incontournable du cinéma hexagonal qui a notamment reçu un César de la meilleure musique pour le Vieux Fusil en 76).

La B.O d’un film imaginaire

Si la démarche artistique du Sacre du Tympan, formation à géométrie variable mais qui se veut dans la tradition des grands orchestres à la Spike Jones, est de faire fusionner musique populaire (pop, rock) et musique plus savante (jazz et contemporain), Pallem renoue donc avec l’idée de composer une sorte de B.O d’un film imaginaire, huit ans après avoir entamé la démarche avec « Soundtrax ». l’Odyssée reste purement originale en ne comptant que des compos nouvelles et perso. Comme un voyage initiatique avec des parties denses et luxuriantes qui développent un lyrisme forcément très vintage, une verve homérique distillée tout au long de cette traversée sonore aux remous épiques. Le but étant de créer des atmosphères au gré d’une succession de courtes pièces comme autant de scénarios cinétiques. Une trame où chaque instrument apporte sa couleur spécifique et précise à la palette du compositeur. Ainsi à l’entame, c’est d’abord Guillaume Magne qui est mis en avant avec sa belle collection de guitares, avant qu’un second morceau sollicite particulièrement la section cuivres, chaque pupitre ayant son solo, (Sébastien Palis à la clarinette, Rémi Sciuto à la flûte et au sax baryton, Sylvain Bardiau à la trompette et au bugle, Robinson Khoury au trombone, Christine Roch au sax ténor et clarinette basse). Pour L’Intrus, Pallem explique avoir beaucoup vu et revu les films de l’italien Dario Argento (réalisateur inspiré lui-même par les grands noms de l’angoisse, d’Hitchcock aux nouvelles d’Edgar Allan Poe). Ces visionnages lui ont à son tour inspiré quelque chose de flippant. On y entend comme des pas inquiétants, des portes qui claquent ou grincent, sous l’effet de la trompette bouchée, des violons chuintants d’Anne Le Pape, d’Aurélie Branger, de l’alto de Séverine Morfin, et les cordes pincées du violoncelle tenu par Michèle Pierre. Une composition à l’atmosphère étrange avec ses dissonances dérangeantes bien dans l’esprit d’une certaine forme de musique contemporaine. Ambiance malaisée, dissipée lors du titre suivant avec une intro qui groove avec un clavier au son de Clavinet puis d’orgue seventies, qui n’est pas sans nous rappeler quelque part le fameux générique d’Amicalement Vôtre de John Barry. Une bouffée d’air juste avant qu’Haemophilus Aphrophilus soit présenté comme « le deuxième moment anxiogène du répertoire ». Il ne l’est finalement pas tant que ça bien que bizarroïde parfois, donnant matière à une expression plus speed de la batterie de Vincent Taeger et de beaux chorus de Christine Roch au sax. Vient le titre éponyme L’Odyssée qui offre une belle plage à la clarinette de Sébastien Palis et met en avant les cordes, le quatuor exprimant dans le morceau suivant en forme de musique foraine de carrousel une certaine mélancolie nostalgique.

Un peu plus d’une heure après être entrés dans l’univers de cette odyssée sonore vient le dernier morceau, une suite italienne tirée de l’album précédent Soundtrax, nettement plus rock sous l’effet notoire de la guitare électrique et de sa pédale wah-wah. Seul emprunt entendu ce soir, le premier rappel rend hommage au grand Bernard Herrmann (compositeur entre autres des films d’Hitchcock et du Citizen Kane de Welles) avec le fameux Taxi Driver de Scorcese qui fut son ultime partition. Un second rappel a permis à l’ensemble de jouer un nouveau titre pas encore enregistré mais toujours dans la même veine.

Le Sacre du Tympan, mais le massacre des pupilles…

Si l’on a l’habitude de parler ici essentiellement de la musique, ce qui est somme toute des plus logiques, j’ai tout de même envie pour une fois de dire deux mots sur la lumière, qui fait aussi partie d’un show.  D’autant que ce soir elle nous a passablement agacé, voire plombé la soirée. On a rarement vu un tel gâchis  tant les choix esthétiques de l’éclairagiste du groupe sont contestables pour un tel théâtre. Après un début totalement crépusculaire, on s’attendait à voir évoluer le plan lumières au cours du set. Mais non. Jamais trois secondes de plan fixe comme si un modulateur  digne d’une boum moulinait en permanence, avec un choix de couleurs « dégueu « tel ce vert criard ou ce jaune pisseux que n’arrange en rien la fumée distillée en fond de scène. Une succession de contre-jour qui ne permet jamais de distinguer les musiciens et notamment les deux sections cordes et cuivres de part et d’autre du plateau. Un pur cauchemar pour tout photographe, il n’y en avait d’ailleurs aucun ce soir d’autant que les prises étaient interdites. Même pas un bon shooteur de jazz-rhone-alpes.com pour m’accompagner, devant donc me débrouiller avec mon seul téléphone en perturbant mon écoute. On m’excusera donc pour ces quelques prises certes retravaillées mais bien loin de la top qualité qui honore habituellement mes chroniques…

Ont collaboré à cette chronique :

X