(69) Rhône

30/04/2019 – Mon JazzDay à Lyon

Avec le programme musclé de l’édition 2019 autant ne pas tenter d’aller s’éparpiller à Saint-Etienne, Vienne, Villefranche-sur-Saône ou la CAPI, alors je fais le choix de Lyon et encore il faut raffiner. Petit livret rose en main, stylo de l’autre je me concocte  mon programme en espérant que les horaires seront respectés.

Pour commencer ce n’est pas trop compliqué je vise le premier concert de la journée c’est à dire chez Mlle Simone avec un groupe au nom sympa « Les Trublyons » (Paul Fabre: piano ; Léo Bruel, Victor Dervaux: batterie ; Elisa Nzau: voix ; Pablo David: guitare). Entre bossas et standards cette petite formation d’élèves de l’orchestre de jazz de l’université Lyon 3 a accompagné les quelques personnes venues profiter du brunch musical proposé par Mlle Simone pour ce JazzDay.

Direction un autre restaurant, le Burger and Wells accueille un groupe pour la seconde année. Cette année le duo Pokerface nous livre son répertoire folk et un brin soul pour accompagner les mastications, avec toutefois un public attentif.

Une première pour moi que ce court passage (en simple visiteur rassurez-vous) à l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu pour découvrir non seulement l’établissement, son superbe parc et sa magnifique chapelle du début du 19ème siècle pour les répétitions publiques de l’Orchestre National Urbain. Drôle de nom pour cette formation atypique qui balance entre Orient, Balkans et musique de transe. Un contraste très surprenant en ce lieu qui semble plutôt voué à la méditation.
 
Retour en centre-ville pour une vieille maison, le Hot Club de Lyon pour écouter un orchestre de jeunes le K-Less Quartet (Emilie Caumeil: trompette ; Maxime Thomy: sax alto ; Julien Ducruet: batterie ; Stéphane Percie du Sert: contrebasse, en remplacement de Claire Fleury). Le quartet est très ancré dans la période hard bop et va nous offrir durant une heure un florilège de tubes de l’époque : Tom Cat de Lee Morgan en guise de tour de chauffe ; Three and one de Thad Jones, là ça ronfle bien, Fungii Mama de Blue Mitchell, Darn that dream de Jimmy Van Heusen, une ballade langoureusement exécutée, Close your eyes dans l’adaptation de Roy Hargrove, Up jump spring de Freddie Hubbard, September in the rain un vieux standard nostalgique des années 30 de Harry Warren. Le set s’achève sur une autre valse Sleeping dancer sleep on de Wayne Shorter. Ce groupe de jeunes musiciens nous aura régalé d’un ensemble de thèmes intemporels repris avec beaucoup de sérieux. Au passage nous avons pu entendre des chorus fort intéressants de part et d’autre. Le public nombreux oblige le quartet à ne pas quitter la scène et demande « Kind of blue » mais ce sera So What revisité.
 
 
Changement de lieu et d’ambiance. On retrouve le Soffa Guillotière (celui là même où l’affiche de Jazz à Vienne 2019 avait été présentée) pour écouter et voir la jeune pianiste et chanteuse Elodie Andriananthenaina, que l’on appelle plus simplement Elodie Mam’s et qui interprète un répertoire de standards de jazz et de R&B.
Bizarrement, elle débute son set avec Sleeping dancer sleep on de Wayne Shorter qu’on vient quitter au Hot Club mais dans une version vocalisée beaucoup plus soft.
Elle passe ensuite à Shiny Stockings d’Ella puis à Misty. On apprécie la maîtrise acquise, on se rappelle la toute jeune pianiste découverte sur la scène de Cybèle. Que de chemin parcouru en quelques courtes années.
Le solo piano/voix est un exercice ingrat. Elodie le passe avec brio.
On entendra ensuite d’autres standards archi-connus comme Beautiful love, Black Coffee (le blues préféré d’Elodie) avant passer à des choses qui sont plus de son âge comme Focus de H.E.R. (Là on bascule dans le R&B).
 
Le JazzDay tombe cette année un mardi qui est le jour choisi par le C.R.R. pour faire son jazz à la Médiathèque de Vaise, où Pierre « Tiboum » Guignon y présente régulièrement des ateliers. Cette année il a mis les petits plats dans les grands et propose un programme roboratif en plusieurs sets. La médiathèque s’est prêtée de bonne grâce à l’exercice et a migré le concert du petit auditorium au hall qui est pour l’occasion bondé. Un vrai barnum. Les concerts débutent avec plus d’une demie-heure de retard. Je ne pourrai voir que l’Atelier de batterie de Tiboum puis celui de Rémi Crambes. Le premier très engagé contre le racisme, le second très musique improvisée. Pas facile à suivre avec tout ce monde.
 
Un petit tour rapide au Mama Shelter pour revoir Jeannette Berger, pas vu depuis de nombreuses années. Un piano électrique et trois voix pour un set « plantes vertes » dans un restaurant bondé et bruyant qui, à part les quelques tables proches du bocal où jouaient les musiciennes, n’en n’avait pas grand chose à faire. Pas ma conception d’un concert.
 
Direction donc le Sirius pour ce qui s’annonçait sur le papier comme une belle performance. Pensez-donc, Olivier Truchot avait invité Vinicius Gomez célèbre guitariste et excellent arrangeur et le trompettiste bugliste Rubinho Antunes. Deux brésiliens paulistanistes réputés. Zaza Desiderio engagé ailleurs avait confié les baguettes à la jeune Elvire Jouve dont nous apprécions les qualités et la finesse de jeu. Avec un tel équipage nous avons bien sûr droit à quelques thèmes brésiliens mais pas que. Jazz Day oblige on retrouve le Butterfly d’Herbie Hancock, parrain de cette manifestation. Un  set de haut vol où le duo trompette/guitare fonctionne à merveille , parfaitement  soutenu par une rythmique inventive. Idéal pour conclure ce mini-marathon du jazz.
 
J’ai été surpris par l’importance du public à différents concerts. Il suffisait pour s’en rendre compte de voir le nombre de personnes munies du petit livret rose et qui avaient fait comme moi, crayon à la main, la sélection de leur périple dès le déjeuner. Le temps clément a aidé, mais force est de constater que cette opération est une réussite.
 
 
 
 

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