(38) IsèreJazz Club de Grenoble

30/05/2019 – Foehn Trio au Jazz Club de Grenoble

J’avais entendu parler de ce trio avant de l’écouter et de le voir jouer. J’avais alors orthographié phonétiquement leur nom de scène « Fun Trio ».

Et bien, je ne m’étais guère trompé! À quelques grains de sables prés, ceux qui, du désert africain viennent parfois jusque dans nos vallées alpines colorer nos espaces et réchauffer  nos climats,

faisant un peu fondre la neige.

Mais si l’univers musical du Foehn Trio est riche d’influences où respire le monde, son imaginaire sonore est bien enraciné dans les montagnes. En témoignent quelques titres de l’album en préparation (sortie en octobre novembre, ne le manquez pas) que le trio a joué pour nous jeudi soir au Jazz club de Grenoble: L’obiou (le bœuf en patois près de Gap), Woolves, pour les créatures des bois, la Barma, ou cabane de montagne (lire « les huit montagnes de Paolo Ccognetti), Old Ocean (sachant que nos montagnes résultent de l’élévation des fonds sédimentaires sous marins). Et la Vengeance de Madame Carle (référence au Prés de Madame Carle, dans la vallée de la Vallouise, une des voie d’accès au Parc des écrins.

A ces reliefs vertigineux, ces parcours accidentés, ces chaînes blanches encore et ces vallées de pierres, ou grondent des cascades tumultueuses, il fallait une musique moins intimiste que celle qui était jouée par le trio acoustique du premier disque. Déjà la nature était très présente dans « Magnesie » (le talc bien connu des mains qui escaladent et titre de leur premier opus):- Face Nord,Call of the Mountains, a Day in Chamonix… Maintenant elle explose de toutes les ressources de l’instrumentation électronique et l’espace s’agrandit: Christophe Waldner au piano s’est équipé d’un clavier Nord et de quelques pédales d’effets qui permettent de prolonger le jeu du piano dans des nappes de violons, de faire entendre des loups dans la forêt, de proposer d’explosifs chorus à la main droite sur fond d’ostinato rythmique au piano à la main gauche. Avec l’ art de cultiver de très beaux sons qui viennent envelopper des thèmes obsessionnels. Cyril Billot à la contrebasse joue aussi d’un clavier de basse, avec un son bien synthétique, des possibilités d’effets, d’arpèges. Quant à Kevin Borqué à la batterie, il a doublé chacune de ses caisses d’un « fût » électronique et d’une table de « pads de batterie », ce qui, là encore, libère d’autres espaces.

Les rythmes sont particulièrement travaillés pour ce second album: non seulement les thèmes reposent sur un canevas rythmique riche et toujours surprenant, mais les lignes de basse et les superpositions en polyrythmie de la batterie ajoutent encore à la jubilation.

Et cependant cette musique, malgré la richesse rythmique, les effets sonores, demeure d’une très grande clarté. Les arrangements permettent à l’imagination musicale de se laisser libre cours, sans jamais qu’il n’y ait d’empiétement. Le thème se déploie dans les variations rythmiques, électriques, sonores, dans les chorus et les respirations. La fluidité triomphe dans une jouerie d’une grande intensité. L’impression d’être comme « enveloppés » par cet univers musical participe de la fascination qu’il exerce, y compris auprès d’un public très jeune.

Il était important que le Jazz club de Grenoble programme ce tout jeune trio, témoignant ainsi de l’actualité du jazz contemporain et permettant de découvrir Le cheminement d’un groupe qui sort de l’introspection musicale pour explorer les grands espaces sonores.

Yes Foehn is fun!

Ont collaboré à cette chronique :

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