(38) IsèreJazz à Vienne

03/07/2019 – Projeto Coisa Fina au Club de Minuit

Nous, humains, sommes la seule espèce fabulatrice. Nous aimons nous raconter des histoires. Qu’elles soient vraies ou fausses ne changent rien, seul compte le sens que l’on peut leur donner. Et si ça nous convient, pourquoi pas, tant qu’on ne les défend pas becs et ongles par la violence. C’est pour cela que l’homme est attaché aux mythes fondateurs. Dans mon panthéon, me sont restées ma première rencontre avec jazz à Vienne et la découverte du jazz. Ç’aurait pu être anecdotique. Cela a pris une dimension quasi mystique. C’est dans les conditions de sa sédimentation que tout s’est joué. Un amphithéâtre majestueux qui a vu défiler, j’imagine, les prémisses de l’art, et dans lequel viennent jouer tous ces artistes venus de tous les horizons, avec d’abord ces noirs américains charriant leurs histoires singulières et leur histoire commune. Convergences, choc esthétique. Jazz à Vienne est devenu un son. Et son amphithéâtre la bouche première, d’où sortent des cris de liberté. Depuis, toute musique que j’écoute en direct passe par le prisme de cette bouche. Je ferme les yeux. Et je la compare à ce gabarit idéal. Va-t-elle passer la rampe de l’étalon ? Va-t-elle sonner, résonner comme ce que j’aime, que j’ai appris à aimer, dans ce lien fort entre public et scène ? Mon absolu ne s’est pourtant pas figé et j’ai suivi le cours de l’histoire de cette musique, empruntant tous les chemins.  

Pour moi, le jazz ne s’arrête jamais. Pas de limites, pas de frontières, juste un langage, une posture, un élan. Le Projeto Coisa Fina, découvert au club de minuit, m’a séduit. Il est cet élan. Les treize musiciens de ce big band de Sao Paulo en connaissent un rayon en matière de groove. Ils empruntent aux compositeurs brésiliens et arrangent habilement les standards mais aussi leurs propres œuvres. Ils ont le sens de la danse et cette sureté dans le rythme. Ce type de projet mélange à la fois des intentions de faire sonner la musique et l’envie de faire la fête. Pari réussi. Ce sont tous d’excellents musiciens. Ça m’a rappelé un peu l’ambition que l’on trouvait dans la démarche du groupe Irakere. (La force de la musique couplée au sens de la convivialité). Cela donne envie d’aller faire un tour par là-bas.

La grosse bouche de jazz à Vienne n’a plus le même attrait aujourd’hui. Elle a encore cette capacité à tout avaler et à tout recracher.  Mais ce qui se joue de mieux aujourd’hui n’est plus au Théâtre Antique. Le jazz continue sa route, il prend la tangente. Tant qu’il restera ouvert et fusionnant. (Tout le contraire de la politique de beaucoup de dirigeants de pays actuellement et de beaucoup de marchands de son). Le jazz est encore aujourd’hui un acte poétique et politique. Tous ceux qui voudraient le contraindre ne le pourraient pas, le jazz s’échappe forcément, à la manière de ce groupe brésilien. Pft, big band en liberté. Il a passé la rampe de l’étalon. Longue vie.

Daniel Nogueira: saxophone ténor, flûte ; Rubens Antunes, Diogo Duarte: trompette, bugle ; Rafael Ferrari: basse ; Ivan de Andrade: saxophone alto, clarinette ; Douglas Felicio: trombone ; Bruno Prado: percussions ; Walmer Carvalho: saxophone ténor, saxophone soprano, flûte ; Abdnald Santiago: trombone basse ; Mauricio Caetano: batterie ; Henrique Band: saxophone baryton,t flûte ; Phillipe Baden Powell: piano ; Marcelo Lemos: guitare

Ont collaboré à cette chronique :

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