(38) IsèreJazz à Vienne

09/07/2019 – Naïssam Jalal au Club de minuit

Les premières notes d’un concert sont déterminantes. Non pas qu’elles conditionnent le reste de la prestation. Mais elles sont fondatrices de ce que l’artiste donne à comprendre de son œuvre. De ce qu’il porte en lui. Voilà le plus intéressant dans le fond : au-delà des notes jouées, au-delà de la danse, qui peut être un des critères de reconnaissance d’une bonne musique, qu’est-ce que l’artiste veut nous dire ? Qu’a-t-il au fond de lui qui cherche indubitablement à sortir ?

Naïssam Jalal voudrait travailler autour du silence. Curieux paradoxe. Pour un concert avec une avalanche de notes. Et pourtant les morceaux ont pour titre le son des nuages, prière, renoncement

Les pièces sont effectivement assez méditatives. Elles prennent le temps, se développent, augmentent en densité et vibrations. Il faut peut-être chercher le sens dans cette posture du renoncement, qui n’a rien à voir avec la politique de l’autruche. C’est le renoncement bouddhiste, le lâcher prise, qui permet de toucher, de pénétrer son intérieur. Où seules comptent les sensations, pour mieux appréhender le temps, le réel, sans parasites. Être plus apaisé, plus fort quand il s’agit d’agir et de transformer sa colère.

Naïssam Jalal est en colère. On ne peut qu’imaginer ce qui la mine : être artiste femme ? Ce n’est déjà pas une sinécure. Être attachée à la Syrie et voir ce pays si déchiré ? Autant de luttes au quotidien à sublimer. La musique joue à plein. Elle touche au sublime, le juste et l’harmonie.

Grâce à un pianiste qui dit l’essentiel en quelques notes et qui sait aussi devenir extravagant, en tensions.  Grâce à un contrebassiste qui fait corps avec son instrument (rarement je n’ai entendu cette unité, il est complètement lui-même en chacune de ses notes). Grâce à une flûtiste en retenue, en profondeur, qui, quand elle lâche les rênes devient fleuve, charriant l’ensemble de son être. Pas facile pour nous public d’être totalement en phase, surtout dans un lieu aussi ouvert où ça circule librement. En même temps, cette musique méditative doit être accessible à chacun et à tous. Et pourtant le groupe arrive à imposer sa musique et l’artiste à rayonner pour convaincre.

De ses sons on ressort transformé. C’est l’essentiel. Reste la colère. Certes un concert n’est pas un meeting politique mais il est important que le public puisse participer, à sa mesure et à la suite, à des luttes qui peuvent aussi lui appartenir. De quelle colère parlait Naïssam Jalal ?

Naïssam Jalal: composition, flûte, nay ; Leonardo Montana: piano ; Claude Tchamitchian: contrebasse

Merci à Philippe Sassolas pour la photo.

Ont collaboré à cette chronique :

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