(38) IsèreJazz à Vienne

10/07/2019 – House of Echo à Cybèle

90 % des réflexes à la conduite sont dus au visuel. Et pour la musique ? Je décide devant la clameur et la fatigue accumulée pendant l’après midi de fermer les yeux. En espérant qu’un des sens court-circuité viendra diminuer ma torpeur et forcera l’écoute. La clameur pour un temps s’amplifie, chacun autour de moi racontant ses histoires. Ça se bouscule. Et puis…

Cordes frottées. Un piano détaché. Une guitare à fort delay. Une batterie en liberté. Le tout se rejoint. Le guitariste laisse traîner des bouts de métal sur ses cordes. Sons étranges. Le pianiste improvise. La contrebasse est en avant. Sourde. Impressionnante. Ça martèle à la batterie. Tout se brouille. Il y a l’énergie du rock. Ça s’effondre puis renaît et repart. J’entends un maniement pointu des pédales d’effet. Le guitariste triture la matière sonore, la désagrège. Ne reste plus que la pulsation de la contrebasse. Puis des arpèges. Le batteur joue finement, à la main. Nouvelle atmosphère. Arrêt subit. Étendre le temps, le suspendre. Égratignures de guitare. Un son s’échappe, d’une radio qui cherche sa fréquence. Sur contrebasse lente. La batterie range ses ferrailles. Le piano place quelques accords. La mélodie se cherche. Intensité. Brouillage des pistes. Groove. Le piano joue maintenant la mélodie en accords. Il y a un décalage du premier temps fort intéressant. Long morceau en énergie. Contraste. Brusque lenteur. Ça plane. La guitare devient synthétiseur. La contrebasse joue les harmoniques. Le son s’évapore. Le piano devient synthétiseur lui aussi. Toujours brillant en improvisation…

J’ouvre les yeux quelques quarante minutes plus tard. La musique m’envahit. Cette musique est une source. On y pénètre. C’est rafraîchissant. On s’y lave. On se sent bien. La magie opère. Voilà un pari fou, celui de capter le corps et l’esprit, par la persistance, l’ancrage, le lent et le dur à la fois, les contrastes harmonieux. Embarquement pour un beau voyage au cœur des sons et du temps. Je reprendrais bien un nouveau billet bientôt.

Enzo Carniel: piano ; Marc Antoine Perrio: guitare ; Simon Tailleu: contrebasse ; Ariel Tessier: batterie

Ont collaboré à cette chronique :

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