(38) IsèreJazz à Vienne

11/07/2019 -Parov Stelar au Théâtre Antique

Parov Stelar, un concert électrique

Le concert commence, dans une ambiance de Stade de France : plan de feux spectaculaire, qui donne le ton de ce qui nous attend : un show inoubliable.

D’abord sceptique (les lumières ne font pas le moine..), je tourne la tête vers le couple assis à notre gauche, et dont j’avais noté en mon for intérieur pendant le premier concert, que c’était l’un des couples les plus déprimants du monde. Ils n’ont pas laissé échapper un seul hochement de tête pendant le premier concert, sauf pour toiser les spectateurs qui jetaient des avions. Contre toute attente, je vois des sourires sur leurs lèvres. Ma fille de six ans me fait remarquer que « la dame a des talons ». Et de fait, la chanteuse enflamme la scène perchée sur des talons défiant toute concurrence. Moi j’aurais juste dit que « la dame incarne les codes de la féminité tels qu’imposés par des siècles de domination masculine », mais c’est mon côté adulte aigrie. Les adultes ont toujours besoin de comprendre pourquoi ils aiment et pourquoi ils n’aiment pas. Pourquoi ils trouvent ça bien et pourquoi c’est contestable. Les enfants ont un rapport plus intuitif à la musique. Ils aiment, ou ils s’ennuient. Idem pour le spectacle : ils ne jugent pas, ils constatent. La dame a des talons.

Rapidement, je rajeunis.

L’electro swing de Parov Stelar me ramène à mes quatorze ans, quand j’écoutais le tube de l’été 1999 (non, on ne se moque pas) : Lou Bega, Mambo N°5. Parov Stelar c’est le même principe, et la même efficacité. Ca bouge, ça rend heureux, c’est fédérateur. Les cuivres (trompette et trombone) ont une énergie rugissante, que subliment les samples de Parov Stelar, et que les chanteurs décuplent par leur charisme. C’est pro jusqu’au moindre détail. Si la musique est toujours plus ou moins la même, on apprécie l’alternance chanteur/chanteuse, qui évite la lassitude et permet au public (en folie !) de tenir l’endurance. L’occupation de l’espace est parfaitement maîtrisée : si les déplacements des uns et des autres semblent naturels, c’est probablement au prix d’un travail de chorégraphie millimétré. Les chanteurs gravitent autour des musiciens, leur laissant tantôt la vedette, et revenant ensuite sous les projecteurs. Ma fille jubile. Et je pense à ma mère, qui jubilerait aussi, comme une enfant de soixante deux ans de plus que la mienne. Et à mon père aussi, qui avait découvert Lou Bega avant moi, à l’époque où la fréquence suisse Couleur Trois se captait sur nos ondes. Et à ces gens autour de moi qui ont l’air de prendre un pied d’enfer toutes générations confondues (couple constipé y compris).

Et puis il y a les solos de basse, qui arrachent des « Waouh » à mon enfant, qui en oublie ses bouchons d’oreilles (ces mêmes bouchons qui la gênaient pendant le premier concert, et dont Parov Stelar lui a fait totalement oublier l’existence.. !.

Quand Parov Stelar nous demande de nous lever, c’est le théâtre entier qui bondit : petits, grands, vieux, couples, ados, familles, baskets, tongs, et même le doudou de l’enfant : tout le monde danse et frappe des mains, heureux d’être là. Plus surprenant encore : alors que le morceau s’achève (et avec lui, la consigne de « se lever »), le public reste debout…  On danse, on se balance, on swingue, on s’embrasse, on est bien.

Si j’avais un remerciement à faire à Parov Stelar, c’est celui là : merci d’avoir permis à une petite fille de six ans, sur le chemin du retour, de prononcer ces mots en sautillant d’allégresse, sincères et spontanés comme toujours chez les plus jeunes : « C’était un concert électrique.. ! ».

Ont collaboré à cette chronique :

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