(38) IsèreJazz à Vienne

11/07/2019 -Yom & the Wonder Rabbis au Théâtre Antique

En onze ans de Jazz à Vienne en tant que chroniqueuse, on prend ses habitudes… Le petit verre au jardin du jazz avant le concert en discutant avec les copains, les allers-venues entre les scènes, la petite place calée sous l’écran côté jardin, etc. Une certaine liberté qu’on apprécie tout particulièrement et qu’on a tendance à oublier un peu parfois.

Mais venir avec un enfant au théâtre, c’est s’immerger dans la peau du spectateur lambda. C’est troquer les allers-venues pour un coussin sur les gradins et le verre salutaire contre un pique-nique de circonstance. Pour la première fois en onze ans de festival, je me surprends donc dans cette position et me voit échanger ma liberté de chroniqueuse contre une place à garder dans les gradins. (Car oui, certains soirs, les places sont chères et il n’est pas question de quitter le navire car « qui part à la chasse, perd sa place ! »)

Nos coussins bien en places, nous voilà prêtes à vivre l’immersion Jazz à Vienne ! Tout commence par un apéro bien senti qui n’a rien à envier au plateau de charcuterie/fromage de nos voisins – c’est de bonne guerre ! Puis la musique résonne et la puissance du jeu de Yom nous fait sortir les bouchons d’oreilles. Ça va envoyer du lourd ! Le clarinettiste et ses Wonder Rabbis imposent rapidement ce qui ressemble plutôt à un rock klezmer énervé qu’à la bar-mitzvah du petit cousin où l’on chantait Mazzal Tov en chœur. L’enfant est ravi. L’apéro fini, le doudou tape des mains et fait du « air guitar » en rythme. Yom et ses Wonder Rabbis ont réussi à faire ressortir le côté punk d’une enfant de six ans, et le mien avec. Ambiance garantie. Les solos de guitare de Guillaume Magne laissent l’enfant bouche bée et le sourire aux anges. A la batterie, Mathieu Penot martèle toms et cymbales laissant émerger le rockeur qui vit en lui et Léo Jassef ponctue le tout d’accents progressifs « so eighties » au synthé. Le mélange est étonnant et détonne complètement. Yom s’est mis le public dans la poche en un quart de tour. (Public qui, rappelons-le, est principalement venu pour danser sur l’electro swing de Parov Stellar.) Une affaire qui roule me direz-vous mais surtout une affaire d’ambiance dans les gradins. Immergée au cœur du public, je profite de tous ces petits moments propres à la foule qui finit de digérer son pique-nique sur cette première partie. Et cette foule participe pleinement au concert. On se fait coucou, on déambule dans les gradins, on danse un peu en regardant le soleil se coucher, on fait des concours d’avions en papier…

Ah les avions en papiers ! Autre symbole du festival auquel nous n’échapperons pas. Trouver le bon pliage, le bon angle de tir et le voir voler le plus loin possible –ou tourbillonner sur lui-même et se crasher un rang plus loin.
Aux centaines d’avions lancés depuis les gradins, deux trouveront le chemin de la scène, sous les applaudissements du public conquis tant par la musique que par l’ambiance.  

Et c’est peut-être ça, l’amour universel dont nous parlait Yom au début de son concert. Des moments de joie partagés avec les quelque huit mille autres spectateurs inconnus, rassemblés par une musique envoûtante et énergique. De quoi donner le sourire et l’envie de danser toute la nuit sur son petit bout de pierres !

En bonus, je vous livre le secret du pliage d’avion si l’envie vous prend !

Ont collaboré à cette chronique :

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