(38) IsèreJazz à Vienne

12/07/2019 -Manu Dibango : Safari Symphonique avec l’Orchestre National de Lyon + Special Guests Flavia Coelho et Manou Gallo au Théâtre Antique

Se dirigeant fièrement vers ses 86 ans, reconnu comme un exemple par tous les musiciens africains, célébrant cette année ses 60 ans de carrière musicale, Manu Dibango se lance dans un Safari Symphonique retraçant toutes les influences qui l’ont nourri, il le fait ce soir « en invitant au village » une soixantaine de musiciens de l’Orchestre National de Lyon dirigé pour la circonstance par Ernst Van Tiel ; ils rejoignent  les 13 musiciens et choristes de la formation habituelle du saxophoniste  le Soul Makossa Gang.

Manu Dibango et ses musiciens ont déjà eu quelques expériences, en France et à l’International, de partage avec des orchestres symphoniques avec cordes et cuivres et il a constaté qu’il est toujours possible de dialoguer ensemble en partant des rythmes qui  se dégagent  et des curiosités réciproques même s’il faut en passer par des arrangements préparés et des partitions ce qui a été fait avec professionnalisme. Dans le cas de cette soirée, les deux orchestres n’ont pu bénéficier que d’une demi -journée de répétition ; c’est dire s’il existe toujours des zones d’incertitude qui sont autant de défis pour des musiciens professionnels.   Sur la scène du Théâtre Antique, il a fallu se pousser un peu pour faire rentrer tout le monde, les musiciens de Manu Dibango pouvant se sentir un peu à l’étroit ce qui favorise aussi les sourires complices entre musiciens des deux formations.

C’est dans une ambiance conviviale qui doit beaucoup à l’aura  et à la bonne humeur  que dégage naturellement Manu Dibango que  le concert démarre sur un Papa Groove (rebaptisé ce soir Papy Groove   un thème  cher à Manu Dibango) où malgré quelques hésitations on est immédiatement séduit par le mélange des sons, caressants du côté des violons et  plus percussifs et cuivrés du côté de Manu Dibango et ses musiciens.

Très vite on retrouve ensuite le thème d’un compositeur très cher à Manu Dibango avec le Morning glory de Duke Ellington dont le jazz est reconnu maintenant comme une musique classique du XXeme   siècle ce qui ne peut que convenir au dialogue entre l’ONL et le Soul Makossa Gang. Avec  l’arrivée des 2 choristes de Manu Dibango , on se pousse encore un peu sur scène  pour enchainer avec Négropolitaines . Ici le mélange entre le saxophone de Manu Dibango et les souffleurs de l’ONL est un véritable régal surtout quand s’y ajoute celui des violons et des percussions.

Le temps d’un morceau sans l’ONL, c’est le tour de la chanteuse invitée Flavia Coelho de jouer des coudes pour prendre possession de la scène  sur une de ses compositions aux flagrances brésiliennes où Manu Dibango apportera un chorus de sax . Le public saluera la performance d’une belle ovation pour la chanteuse.

La suite en trois parties Douala Sérénade est le morceau idéal pour permettre une nouvelle confrontation des formations avec une introduction de l’ONL (quand les occidentaux sont arrivés) suivie d’un festival de percussions (ils nous ont trouvés) pour finir avec un subtil mélange musical avec voix (le dialogue s’est instauré). Le métissage culturel comme source inépuisable d’enrichissement…

Manu Dibango avait annoncé ce concert comme un hommage à ses influences musicales : après Duke Ellington, c’est maintenant au tour de Fela Kuti, l’inventeur de l’ Afrobeat, d’être honoré suivi ensuite d’un hommage à un autre grand nom du jazz Count Basie. Ces choix sont tout à fait révélateurs des imprégnations musicales du saxophoniste qui se sont nourries du meilleur du jazz mais aussi de tous les courants africains : rumba, makossa, afro-funk, afrobeat…

 Sur la reprise du titre emblématique Soul Makossa, c’est au tour de la bassiste ivoirienne Manou Gallo de venir prêter main forte avec conviction au Soul Makossa Gang aux cotés de la participation du public au chant.

 A noter d’ailleurs que tout le long du concert, le public en tant qu’arbitre impartial et souverain , a montré qu’il appréciait cette  prestation et  cette synthèse réussie entre l’ONL  et le Soul Makossa Gang.  Pour l’inusable Manu Dibango, une expérience à renouveler sans hésitation.

Gérard Brunel

Ont collaboré à cette chronique :

X