(69) RhôneLes Nuits de Fourvière

20/07/2019 – Blick Bassy aux Nuits de Fourvière

Pas encore connu du grand public français, le chanteur et guitariste Blick Bassy sortait pourtant en mars dernier son quatrième album, « 1958 », en hommage au chef indépendantiste Ruben Um Nyobé. L’artiste joue un delta blues très personnel et chante en langue bassa des thèmes qui raccrochent son enfance camerounaise à la vie qu’il mène en Europe depuis déjà plus de treize années. 

Le violoncelle, la trompette et le trombone qui l’accompagnent apportent ensemble une belle dimension et une certaine chaleur au timbre aérien, presque intimiste, du leader.

On ressent chez Blick Bassy une évidente sensibilité, l’homme distille ses chansons avec retenue et pudeur.

Ce soir les premiers titres joués peinent d’ailleurs quelque peu. L’artiste semble se protéger derrière la grosse monture de ses lunettes et la tablette qu’il peine à quitter des yeux. Ce n’est sans doute pas forcément évident de se produire en première partie dans un théâtre antique qui se remplit tout doucement en mode bière-sandwich, le public ne prêtant parfois pas plus d’une oreille à ce qui se passe sur la scène.

Blick Bassy attendra la fin du troisième morceau (et le départ des photographes) pour commencer à se raconter, évoquant le parcours chaotique de son pays natal mais aussi les migrants qui chaque jour se noient dans les eaux cruelles de la Méditerranée. Pour Blick Bassy, pays et continents sont des espaces de vie où les Terriens tentent de s’en sortir au mieux, quand les frontières les en empêchent.

La musique gagne peu à peu en épaisseur, titre après titre. Les trois sidemen qui donnent également de la voix (copieusement passée à la moulinette de mini-claviers et autres boîtes à effets) lâchent enfin prise, esquissant même une sympathique chorégraphie sur le titre Sango Ngando. Quelques belles envolées cueillent enfin le public qui se laisse embarquer, tranquillement mais sûrement. Blick Bassy se libère à son tour, la sauce prend de belle manière tandis que le climat s’habille d’une tonalité cuivrée, presque New Orleans. Le violoncelle joué en pizzicato se fait parfois ngoni, grâce à un beau travail sur la texture sonore d’un instrument qui semble tout à coup posséder plus de quatre cordes à son arc.

Au final, une heure de musique jouée comme dans un écrin délicat pour une belle découverte. Le Cameroun avait jusqu’ici enfanté d’excellents bassistes, il faudra désormais compter sur ce singulier guitariste-chanteur qu’est Blick Bassy.

Ont collaboré à cette chronique :

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