Jusqu’à ce soir, pour le commun des mortels, Mélusine était une fée anguipède médiévale aux origines antiques. Point de chant de sirène au Crest Jazz Vocal pour cet ultime concert dan la salle Moulinages bien que Mélusine fût parfois surnommée « la tisseuse », mais en perdant son accent aigu, elle se mue en quintet de jazz masculin, lauréat du quatrième Jazz Migration de l’AJC (Association Jazz Croisé). Compositeur de tout le répertoire, l’accordéoniste Christophe Girard s’installe en compagnie du régional de l’étape, l’Ardéchois Anthony Caillet à l’euphonium, Simon Tailleu à la contrebasse, William Rollin à la guitare et Stan Delannoy à la batterie et percussions. Tous cinq ont revêtu un pantalon noir et une chemise bleu-sombre.

Après les salutations du batteur, le guitariste entame Mobile tout en douceur grattée. Il est rejoint dans le même esprit par les touches pointillistes de l’accordéoniste. L’irruption de l’archet du contrebassiste puis des stridences du batteur préparent l’arrivée de sa majesté l’euphonium qui va côtoyer la fée électricité. En dix minutes, Melusine affirme haut et (pas trop) fort qu’on n’est pas là pour s’amuser et que l’écoute se doit d’être soutenue ! Le batteur présente l’orchestre avant d’annoncer, avec malice, le dernier morceau Chroniques.

Le prologue est empreint de douceur avec la frappe délicate des mailloches, les dialogues sereins de l’accordéon et de l’euphonium, de la contrebasse et de la guitare.

Le chapitre I met en place un ostinato de la guitare qui sert de tuteur à la contrebasse et au reste du quintet qui en profite pour vivre sa vie en toute liberté.

Le chapitre II s’orne de délicates clochettes, de notes subtiles échangées entre les cordes, les touches et le souffle.

Le chapitre III offre ses minutes de gloire à l’euphonium qui se taille la part du lion face aux riffs de guitare que soutient une batterie percussive à souhait.

Le chapitre IV se pare d’un bel échange entre l’accordéon et les percussions, instants intimes au milieu de puissantes envolées.

Le chapitre V calme le jeu avec l’archet sur les cordes de la contrebasse, la guitare plus volubile, les petites percussions, le velouté de l’euphonium et la sobriété de l’accordéon.

L’épilogue commence par de petites touches percussives que rejoint l’accordéon en mode pianissimo avant que le quintet n’amplifie le volume sonore dans un tutti endiablé.

Ces chroniques, enchaînées sans temps mort, montrent une réelle virtuosité des musiciens. Mais les imaginaires librement proposés aux auditeurs sont impossibles à imaginer pour le chroniqueur qui n’a d’yeux que pour la scène. Des conversations ultérieures lui permettront d’appréhender les univers potentiellement visités par quelques comparses rencontrés dans la nuit crétoise. On va de « J’étais dans une forêt… » à « J’ai pas vraiment voyagé… » en passant par « J’étais dans mon lit… » !

Les remerciements du batteur, sa suggestion d’un « rappel du feu de Dieu » précèdent Bref Nocturne, petite pièce entamée par l’accordéon, la guitare et les percussions qui montent en puissance rejoints par des touches de la guitare et des ponctuations d’euphonium.

Le parti-pris d’une longue suite a quelque peu déconcerté une partie de l’auditoire, plus habitué à l’interactivité entre artistes et public. Espérons que les suggestions d’imaginaires aient atteint leurs buts via les oreilles aguerries des plus mélomanes… Pour les autres, resteront la qualité des compositions et leur interprétation, l’originalité du propos et de l’instrumentation, la virtuosité d’un groupe qui maîtrise son sujet.

 

Ont collaboré à cette chronique :

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