(26) DrômeCrest Jazz Vocal

02/08/2019 – Soirée : « Sur un air de Méditerranée » au Crest Jazz Vocal

Sarãb

C’est un bon choix artistique pour cette première partie et une belle harmonie de groupe pour cette soirée intitulée sur un air de méditerranée que d’avoir programmé Sarãb avant Dhafer Youssef. Ce groupe était candidat au concours l’an dernier, et sans avoir décroché de prix [NdlR: c’était l’un de ses premiers concerts, en rodage], le festival fait confiance à son potentiel. Nous saluons ici l’engagement et la détermination d’Alain Bellon et de Jean Cazenave. Le premier n’était pas sûr qu’il faille systématiquement faire une soirée à thème, cela se révèle parfaitement équilibré, le second croit à l’évolution de Sarãb.

Nous entrons dès l’introduction du premier titre de ce set par un chant traditionnel oriental interprété a cappella par Climène Zarkan. Elle est accompagnée au chant par le tromboniste Robinson Khoury qui chante à plusieurs reprises avec elle notamment pour les chœurs. Il poursuit au trombone comme un prolongement de leurs voix. Il donne parfois des effets à son instrument à l’aide de machines pour obtenir une ambiance du Moyen-Orient, ce que fera également Baptiste Ferrandis à la guitare. Cela initie des dialogues entre les voix et les solistes qui donnent de la profondeur à leur musique. Thibault Gomez au Fender-Rhodes fait de même en étirant les sons avec son clavier pour donner des effets planants, des solos inspirés de l’orient et de l’énergie rock. Timothée Robert à la basse et Paul Berne à la batterie assurent une rythmique rigoureuse, qui permet aux solistes de s’envoler dans leurs solos.

Sur cette délicatesse orientale constituée de morceaux et de chants traditionnels, le groupe se retrouve sur des passages qui vont du jazz oriental au jazz rock et parfois au « jazz métal » ! C’est dans ces moments qu’ils déploient de manière collective leur énergie. Les changements de rythmes sont précis, francs et parfaitement coordonnés avec une exécution très agréable. Au-delà de cette technique maîtrisée. Ce mélange des genres ne donne pas l’impression d’un patchwork de musiques accolées les unes aux autres, mais bien d’une fusion aboutie et de l’imbrication des styles. La définition du projet par le groupe est du « rock fusion avec de la musique arabe traditionnelle du Moyen-Orient », c’est comme cela que le tromboniste nous le présente dans la soirée. Le groupe est grandement ovationné et nous offre en rappel une composition sur la Syrie que la chanteuse nous présente en précisant que son pays d’origine lui manque. En introduction, son chant exprime de la mélancolie, puis sa voix exprime de la colère. Le groupe remercie le public et le festival et confirme avec sincérité son plaisir d’être présent ce soir. Son set est tout aussi généreux, que le choix du festival de leur proposer ce passage sur la grande scène de Soubeyran.

 

 

Dhafer Youssef

C’est avec le puissant chant Soufi de Dhafer Youssef, au oud et à la voix, que se poursuit la soirée Sur un air de Méditerranée. Comme une affirmation de son identité culturelle et de sa maîtrise vocale, le leader entame son set avec énergie et spiritualité. Il poursuit avec un solo de oud que les musiciens vont accompagner petit à petit pour atteindre un groove collectif et commencer des dialogues musicaux. On retrouve pour les titres du set, la structure classique des morceaux de jazz, avec l’exposé du thème, ici au oud. Puis la reprise du thème par les musiciens, l’improvisation et les échanges entre les instruments. Dhafer Youssef excelle et assume parfaitement son rôle de leader. Il met en valeur ses musiciens, il est très mobile sur scène, s’approche d’eux pour initier des solos ou des dialogues musicaux. Avec Eivind Aarset à la guitare et effet électronique qui apporte un style planant et rock, avec Raffaele Casarano au saxophone qui s‘exprime sur un style plus jazz et avec Adriano Dos Santos aux percussions qui assure la rythmique de la formation et beaucoup de groove pour l’ensemble des compositions. Il passera des ambiances de bruitage intimes avec des percussions très variées comme les coquillages, aux solos les plus puissants. Le leader le stimule régulièrement et des duos percussions – Oud qui enflamment les morceaux et l’ambiance. C’est assurément l’homme de la soirée et le public est conquis. Il y aura aussi des duos de cordes guitare/oud et des duos saxophone/oud. Raffaele Casarano prendra un solo au saxophone qui sera suivi avec harmonie par les trois autres musiciens. Dhafer Youssef chante moins qu’à son habitude sur ce concert, ses interventions vocales sont toutefois puissantes et spirituelles comme il sait les exécuter. Nous serons particulièrement émus par un chant exprimant comme une plainte qui sera prolongé par la sonorité du saxophone. C’est dans ces moments de communion spirituelle, que le maître du oud et du chant Soufi nous transmet des frissons et nous fait dresser les poils sur les bras ! Pour ce concert riche en intensité et en sonorités, l’audience ne s’y trompe pas, le public est soit concentré, soit se met à danser mais en tout cas tout le monde est envouté.

Cependant, on ne peut que regretter le comportement final de Dhafer Youssef. A la fin du concert, il salue le public Crestois qui l’ovationne littéralement et demande un rappel sans attendre que la formation quitte la scène. Il se tourne vers ses musiciens pour les interroger fait de même vers le public qui est ravi. On s’attend donc à un titre supplémentaire. Et là, de manière incompréhensible il quitte la scène avec ses musiciens pour ne pas revenir. De longs applaudissements, cris et sifflements s’en suivront jusqu’à ce que les lumières se rallument malheureusement définitivement. Quel dommage que ce comportement cabotin qui dessert l’image du musicien et ternit la belle qualité de son concert. Nul musicien n’est tenu de faire un rappel, cela reste son choix, mais lorsque l’on est ovationné par le public, il n’est pas nécessaire de susciter l’envie pour ne pas la satisfaire ! A-t-il besoin de se faire aduler de la sorte ? Son égo en a peut-être besoin, pas son talent ! Ce sera la seule fausse note de la soirée et elle n’est pas musicale.

Ont collaboré à cette chronique :

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