(26) DrômeCrest Jazz Vocal

03/08/2019 – Soirée : Le gros son de la Nouvelle-Orléans au Crest Jazz Vocal

Nota Bene : Vainqueur du concours 2019

C’est la tradition, les lauréats du concours se produisent sur la grande scène de Soubeyran en première partie de la dernière soirée, et cette tradition à Crest Jazz Vocal on y tient. L’organisation et le public d’aficionados y sont particulièrement attentifs. C’est le lien dans le temps, qui occupe toute la journée, entre les après-midis du concours et les soirées. C’est aussi le lien dans l’espace entre la place de l’église et la grande scène de Soubeyran, qui montre que toute la ville de Crest bat au rythme du jazz durant une semaine entière. Le protocole d’usage pour la remise des prix, avec le président du festival, le président du jury et le Maire, présente Human Song pour le second prix et Nota Bene pour le premier prix. Ce sont les voix masculines qui gagnent le concours cette année !

Nota Bene, ce combo parisien va donc pouvoir pleinement s’exprimer sur la grande scène avec un set plus long que l’espace du concours limité aux quarante-cinq minutes de compétition.

Rémi Bonetti au scat et Ludovic Ernault au saxophone alto entament le concert en duo. Le chanteur de Nota Bene accompagne son scat de posture et de gestuelle déjà assurées et semble ouvrir sa cage thoracique en se tenant droit pour donner plus de puissance à son scat. Le trio rythmique les suit avec Ewen Grall à la batterie, Charles Heisser au piano et Nicolas Zentz à la contrebasse et apporte beaucoup de puissance. Sur les compositions du groupe, les dialogues musicaux sont déjà bien en place et précis entre les cinq membres du quintet qui sont réunis depuis seulement un an et demi. Le vocaliste échange beaucoup avec ses partenaires, comme cet autre duo avec le contrebassiste. Comme un prolongement de la voix le saxophone échange également en duo avec la batterie. Rémi Bonetti complète ses scat par des chants en anglais à la fois sur des ballades et sur des morceaux plus énergiques, il lâchera sa voix au fur et à mesure que l’on avance dans le concert. Les passages sur lequel le trio joue, montrent une belle maîtrise et osmose des trois rythmiciens. C’est le contrebassiste qui introduira le dernier morceau. La seule reprise du set en hommage et en clin d’œil à Abbey Lincoln qui est passé à Crest comme nous le rappel le groupe attentif au concert de ses aînés. Ils prennent tous un solo, confirmant leur maturité musicale, ils interprètent la reprise avec beaucoup d’émotion et de respect pour la grande chanteuse qu’ils ont choisi de présenter. Ils expriment leur plaisir d’être ici et de découvrir la région et l’ambiance du festival.

L’univers artistique de cette formation est encore classique. Avec leur belle maîtrise collective et l’accompagnement du festival pour des scènes régionales, sans compter les opportunités parisiennes, Nota Bene devrait trouver sa voie prochainement.

 

 

 

Hugh Coltman

 

On arrive au terme du festival avec cette soirée intitulée Le gros son de la Nouvelle-Orléans. C’est le groupe d’Hugh Coltman qui va être chargé de terminer en beauté cette quarante quatrième édition de Crest Jazz Vocal avec son nouveau projet « Who’s happy ». Avec une arrivée des musiciens les uns après les autres sur scène, avec notamment Raphaël Chassin à la Batterie, Laurent Coulondre au Piano et Freddy Koella à la Guitare, le chanteur d’origine anglaise nous propulse ensuite immédiatement dans l’ambiance Néo-Orléanaise avec sa voix puissante et chaleureuse. L’entrée en scène de la section de cuivres composée de Frédéric Couderc à la clarinette et au saxophone Baryton, Jérôme Etcheberry à la Trompette, Jerry Edwards au trombone et Didier Havet au sousaphone, ajoute une touche marching-band qui ne quittera plus l’ambiance du set.

Le leader du groupe, s’engage avec conviction dans son concert, avec une voix puissante et un chant affirmé. Il est tout aussi assuré dans ses propos. Dans un excellent français d’ailleurs, il place tour à tour beaucoup d’humour, des opinions contre l’étroitesse des nationalismes actuels ou beaucoup d’émotion et de sensibilité sur la transmission des sentiments familiaux et générationnels. Il joue de l’harmonica pour un titre d’inspiration blues façon bayou et s’accompagne à la guitare pour des ballades.

Les échanges avec les musiciens sont précis, plein de bienveillance et accompagnés d’humour, on ressent que les huit musiciens semblent heureux de travailler ensemble. Le batteur, Raphaël Chassin, apporte un rythme riche et varié en sonorités. On retrouve l’esprit de la Nouvelle-Orléans où les instruments de percussion n’étaient pas encore réunis en une batterie jouée par une seul homme. Ses solos sont précis, puissants sans être ostentatoires et tout en finesse. Laurent Coulondre au piano droit s’adapte parfaitement au rythme Ragtime et Stride des débuts de l’instrument dans le jazz pour être dans l’ambiance Nouvelle-Orleans. Il utilisera simultanément piano et clavier avec sa maîtrise personnelle comme on aime l’entendre. A la guitare Freddy Koella, ajoute un son électrique, qui donne l’esprit blues à la formation. Sa précision en duo avec le chanteur, lorsque celui-ci joue de la guitare acoustique, donne une belle cohésion avec des sonorités complémentaires. La trompette de Jérôme Etcheberry rappelle les grands pionniers de la New-Orleans. Il nous enthousiasme lorsque qu’il descend de scène pour jouer dans le public afin de nous permettre de communier avec l’esprit de Crescent city. Frédéric Couderc contribue également à cet esprit à la clarinette, instrument roi comme la trompette de cette époque. Il donne du gros son lorsqu’il passe au saxophone baryton. Comme Didier Havet au sousaphone. Il est agréable de retrouver ces deux instruments dans une formation car ils se font rares et enrichissent pourtant les sonorités des groupes. Jerry Edwards au Trombone, l’américain de la formation, prendra aussi des solos endiablés. Les réunions de la section de cuivres sur les thèmes des morceaux nous ramènent à l’esprit entrainant des Marching-band.

Pour finir en beauté, Hugh Coltman invite le public à danser sur les derniers morceaux. Il nous propose une reprise de What a day for a daydream de The Lovin Spoonful qui entraîne tout le monde dans l’esprit de fête puis nous offre deux titres en rappel. Il remercie sincèrement le public et le festival, on sent que les artistes qui passent au Crest jazz Vocal sont sensibles à l’organisation et à l’accueil par les bénévoles. Comme ils sont entrés sur scène, les musiciens la quittent les uns après les autres en apothéose.

Avec ce projet inspiré de la musique de la Nouvelle-Orléans, le chanteur nous présente un final joyeux. On ne se pose plus la question « Who’s happy », c’est à l’unanimité tout l’espace Soubeyran qui est heureux. C’est comme cela que l’on aime terminer le festival à Crest, dans un esprit de fête.

Ont collaboré à cette chronique :

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