(26) DrômeParfum de Jazz

15/08/2019 – Elsa F. Quartet à la « Fête de la lavande et de l’abricot » de Saint-Sauveur-Gouvernet

Le festival Parfum de jazz, qui tient par la force de ses acteurs, mais aussi par sa convivialité, sa cohérence artistique, son énergie communicative, son ancrage dans le territoire, produit inévitablement des perles.

Chacun la trouvera là où il veut, qui dans le confort d’une terrasse de café, en écoutant distraitement les artistes, qui dans les concerts du soir, qui dans un désir de musique. Chacun son style, chacun son jazz. Pour ma part, j’ai trouvé cette année le petit bonus, la petite différence, en découvrant le groupe d’Elsa (F)avier, comme j’avais pu autrefois à Uzeste faire la connaissance du groupe Papanosh. Ce qu’on pourrait appeler une belle rencontre. Dans une machine bien rodée comme celle d’un festival, tout d’un coup l’apparition d’une touche poétique, ce quelque chose qui soudainement vous fait du bien, par sa simplicité (apparente), par sa connexion directe avec la fibre musicale et sentimentale qui chez le public ne demande qu’à être vivifiée.

Pourtant rien de facile dans ce que propose le groupe. Le répertoire de valses et chansons, très cohérent, est propice à de belles envolées vocales et instrumentales. La chanteuse a une sûreté dans la voix, rare, qui la place d’emblée comme un instrument soliste hors pair. L’accordéoniste joue avec beaucoup de sensibilité et de vélocité, ce qui permet de beaux unissons avec la voix. La contrebassiste et le guitariste font plus qu’assurer, ils ont cette rigueur rythmique tout en nuances et cette facilité de jeu en solo. Le tout apporte une fraîcheur et un certain décapage à un style qui aurait tendance à se scléroser. Mais qu’ils chantent des airs de la tradition valse musette ou bien des morceaux plus modernes de Jean Philippe Viret ou Louis Winsberg, c’est toujours dans un rapport assez moderne et assez dépouillé. Dans le fond, ce qui donne cette touche poétique, c’est bien dans leur approche musicale qui ne triche pas. Pas de superflu, pas de blabla, juste l’envie de jouer et d’être là, dans une générosité. Elsa Favier est sans doute une « enfant du festival Parfum de jazz » qu’elle a fréquenté longuement, plus jeune. Quand un festival produit des perles poétiques comme ce groupe, ça vaut le coup de rappeler qu’un événement artistique, quel qu’il soit, doit être ambitieux. Il peut susciter des vocations. Il doit également chercher à impliquer le public le plus possible pour que lui même s’empare de ce qu’on lui propose, comme un outil d’émancipation  et de devenir. Un festival est avant tout un lieu de désirs.

Elsa Favier: voix ; Maeva Grunwald-Rodes: contrebasse ; Nicolas Almosni: accordéon ; Robin Barbier-Marie: guitare

Ont collaboré à cette chronique :

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