(26) DrômeParfum de Jazz

17/08/2019 – Ellinoa & Wanderlust Orchestra à Buis-les-Baronnies

« Y’en a de partout. À voir et à entendre. Découvrez vous !!»

La musique du grand ensemble Wanderlust Orchestra, réuni par Ellinoa, explose en mille et une voix du monde, crevant la digue qui retenait nos émotions. Ça lâche. Tout le monde debout. Stop. Rideau. Fini Parfum de jazz en Baronnies. La vague énorme qui avait recouvert le site de la Palun se retire. Passons derrière, côté backstage, pour en causer. Oh, les beaux sourires. Tout le monde a la banane. La musique a irradié. Je pensais que seule une finale de coupe du monde apportait cette clameur et cette folie ! Même les critiques les plus exigeants ont été bercés, dodelinant du chapeau. Devant, démontage de la scène. Un bénévole, ça fait pas semblant.

 

« Qu’est ce qui s’est passé ? » – ça, c’est une réplique dans reservoir dog, de Tarentino, quand les malfrats découvrent le carnage – Le sismographe a enregistré quantité de piques de tensions délicieuses, avant de bugger dans un orgasme tout fellinien.

23H30 Ellinoa scatte furieusement, d’une manière époustouflante, en avance de beaucoup sur son temps. L’art dans sa quintessence.  Les bouches du public se figent.

23H Les deux saxophonistes amorcent des chorus à couper le souffle. Ça nous coupe la chique.

22H37 Course poursuite entre la flûtiste et le tromboniste. Ils en connaissent un rayon pour faire monter la sauce.

22H15 La voix du violoncelle se détache, pure, colorée, du baume.

22H Coup de semonce, le guitariste tient tête au pianiste. Les riffs acérés de la guitare rosenwinkelienne répondent aux envolées lyriques du piano AaronParksien. Ah les fortes têtes !

21H42 Le cor anglais se démarque du lot. Les poils se hérissent.

21H30 Le contrebassiste n’est pas en reste, par une présence hors pair, tout comme les violonistes et l’altiste, aux sons délicats et sûrs, et encore les percussionnistes qui abattent le boulot d’une belle façon.

21H05 Un drôle d’orchestre se met en branle dans une cacophonie de Babel. Quel objet insolite et magnifique. Qui dit en musique la beauté du monde et la complexité des sentiments. C’est un patchwork dans lequel j’entends, pêle mêle, Ravel et Debussy, avec cette merveilleuse écriture, pour une partition astucieuse, véritable tissage rythmique et mélodique, Gil Evans et Laurent Cugny, dans cet exotisme romantique qui combine les genres et les timbres, en entrelacs et contrepoints, la belle fusion que je recherche dans un jazz qui ne se cramponne pas à ses origines mais qui se laisse toucher par les voix du monde pour finir par s’unir.  J’entends également dans la voix magique et hypnotique d’Ellinoa un compagnonnage avec celle d’Elise Caron ou encore celle d’Aziza Mustapha Zadeh. Le Wanderlust orchestra, c’est aussi l’énergie vitale, le souffle,l’élan, l’acrobatie du monde circassien (où donner de la tête et des oreilles tant tout cela fourmille et foisonne), la combinaison heureuse du monde féminin et masculin. C’est avant tout l’extrême originalité de la voix et de l’écriture, et son ingéniosité, qui met en avant tous les talents pour créer ces multiples histoires.

 

Avez vous songé,vous, musiciennes et musiciens, et vous, programmateurs, à ce que nous allions faire, nous, public, de tout ce bonheur à nos pieds. Alors que la société voudrait nous apprendre de plus en plus à renoncer à la liberté pour être heureux ? Pourquoi cette musique nous touche-t-elle autant ?  Peut être parce que les artistes sont dans une expression totale, qui produit une matière vibrante (cette voix qui plane sur un océan sonore mouvant) qui nous soulève et nous rend plus léger. (après 50 ans, ça peut représenter un certain avantage).

Et toi, Parfum de jazz, après nous avoir envoyé ce Wanderlust orchestra et nous avoir laissé, seuls, avec son souvenir ému, tu t’en vas, en catimini, sur la pointe des pieds, dans le Tricastin ? Nous te suivrons, Parfum de jazz, nous te retrouverons.

 

  • Ellinoa : voix, composition, direction
  • Sophie Rodriguez : flûte
  • Cédric Châtelain : hautbois, cor anglais
  • Illyes Ferfera, Pierre Bernier : saxophones
  • Luca Spiler : trombone
  • Adélie Carrage, Anne Darrieumerlou : violons
  • Hermine Péré-Lahaille : alto
  • Juliette Serrad : violoncelle
  • Matthis Pascaud : guitare
  • Richard Poher : piano
  • Arthur Henn : contrebasse
  • Gabriel Westphal : batterie
  • Leo Danais : percussions

Ont collaboré à cette chronique :

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