(74) Haute SavoieClermont Jazz Festival

24/08/2019 – Antonio Farao Trio invite Dave Liebman & Keith Oxman au Clermont Jazz

De ce quintet-là, je ne voulais rien rater…

Avec la plus grande modestie et mon profond respect, je vais tout simplement vous faire envie en vous disant que ces musiciens du « Hall Of Fame » intemporel du jazz ont donné un concert magnifique et que de cet événement éphémère il y aura sans doute une suite encodée sur un compact disc à venir…

Antonio Faraò est depuis la toute fin des années quatre-vingt-dix, LE pianiste qu’il faut suivre jusqu’à devenir désormais l’un des plus exceptionnels de l’univers du jazz international menant de front la carrière de leader et celle de sideman absolument recherché. Il a l’art de constituer des trios particulièrement adaptés au projet du moment, ce qui fut bien évidemment le cas avec des musiciens qui, il faut bien le reconnaitre, ne m’étaient pas familiers, et pourtant ! Du jeune contrebassiste Ameen Salem : il a été l’un des compagnons de route du regretté Roy Hargrove ; du batteur Bruce Ditmas : il est celui qui enregistrait aux cotés de Jaco Pastorius, de Paul Bley et de Pat Metheny le légendaire album « Jaco » et qui a collaboré ensuite entre autres à quelques big bands de Gil Evans, respect… Et du saxophoniste Keith Oxman…, hormis le fait qu’il est de Denver, Colorado où il enseigne, qu’il a déjà enregistré une dizaine d’albums en leader, trois fois rien, comme c’est curieux ! Que dire de Dave Liebman si ce n’est que depuis plus de quarante ans déjà il est une référence majeure et originale des saxophones ténor et soprano, compositeur, arrangeur, enseignant et leader essentiel, il se prête à toutes les expériences musicales inimaginables de par le globe, définitif total respect.

Quelques-uns des musiciens sont déjà sur la scène (les deux saxophonistes qui se connaissent pour avoir déjà joué et enregistré ensemble), ils attendent le public, situation totalement incongrue autant qu’inédite, la cloche tinte, les chaises se garnissent et sans ne plus attendre c’est Dave Liebman, au soprano ce soir, qui lance la machine, Footprints. Le ton est immédiatement donné, nous serons toute la soirée emmenés tambours et cymbales battants dans un univers qui rappelle singulièrement ceux de John Coltrane avec une rythmique surboosté emmené par ce batteur retranché derrière les verres miroirs bleutés de ses lunettes et qui propulse l’ensemble sans faiblir, secondé par ce contrebassiste qui sait ce que walkin’ bass veut dire et qui tire ses quatre cordes avec une force imposante, le piano rempli l’espace harmonique pour les deux souffleurs, lyrisme exacerbé et puissance mêlés, on attend Keith Oxman… A l’image de sa stature imposante, et de son costume strict, il ne bouge pas et se contente de jouer, immobile, il va à l’essentiel, sonorité magistrale, large, sobriété des notes sur toute la tessiture de l’instrument, pas de fioriture, harmonies qui surprennent, rage et douceurs se mélangent ; il remet le protège bec du ténor après chaque solo et s’assoit, attentif, comme nous à l’écoute. La set list fera se dérouler les compositions personnelles du pianiste (dédiées à ses fils), une du ténor invité, l’India de Coltrane, comme par évidence jusqu’à ce All The Things You Are inattendu et qui sera in fine l’occasion d’un chase entre les deux souffleurs, l’exercice semble de rigueur, Dave ne peut se tenir de le diriger en faisant se raccourcir les séquences, les dernières mesures : Perdido

Antonio Faraò n’aura pas quitté sa casquette de bad boy pour le rappel en solo, quel doigté magistral pour cette improvisation dans un univers romantique, je pense à Chopin, Black Inside est une composition dédiée aux enfants qui souffrent dans le monde, et plus particulièrement en Syrie nous dira-t’il.

Ont collaboré à cette chronique :

X