(73) SavoieBatÔjazz

24/08/2019 – Jazz’Péros de BatÔjazz : Iray Trio

Le 24 août, nous avons eu le bonheur de revoir au château de Lucey, dans le cadre du festival organisé par BatÔjazz, le Iray Trio, que nous avions déjà dégusté à Lyon, au Club Saint Georges et à Oullins chez un particulier dont l’identité demeurera secrète, selon sa volonté. Nous avions aimé ce trio fait de figures attachantes, comme celles de ce pianiste d’origine malgache, Liva Rakotoarison, doté d’une grande sensibilité pianistique, d’Elvire Jouve, la batteuse aux pieds nus, bienôt Comtesse aux pieds nus du pays de Savoie (puisqu’elle y file concerts sur concerts : après Six Ring Circus, voici le Iray trio) et enfin Vincent Girard le contrebassiste aux sonorités inventives et au groove assuré.

Et nous pouvons assurer que le trio a fait son chemin gagnant en cohérence et en unité, puisqu’au-delà de la recherche foisonnante sur le plan des sonorités, des couleurs harmoniques et des effets acoustiques, c’est bien la plus grande symbiose des trois musiciens, la plus grande unité qui est recherchée dans les jeux et climats, puisqu’en malgache Iray signifie l’Un, au sens d’unité. De même que chez Plotin la procession de l’Un se fait par un mouvement ample et foisonnant, de même la recherche de l’unité fusionnelle dans le jeu des trois musiciens imprime sa marque aux divers thèmes qui se déploient devant nous : Bemsha Swing de Thelonious Monk est-il ainsi assimilé, prédigéré, digéré et non pas recraché mais métamorphosé en substance nourricière ; de même que l’on attend nous dit Epictète de la brebis non pas qu’elle recrache de l’herbe mais qu’elle produise du lait. Les thèmes malgaches comme ce Réminiscence, ou les exercices d’écoles, donnent lieu à un pétrissage du clavier, à un travail des peaux par Elvire qui fait notre bonheur. Un batteur quelconque aurait pu se croire autorisé à produire un marquage « minimaliste » style Ringo Star chez les Beatles ou John Bonham chez Led Zeppelin. Elvire Jouve préfère jouer la créativité. En modifiant les touchers des peaux et des fûts, tantôt avec les mains, tantôt avec les balais ou les baguettes, dans des tempis et des phrasés originaux qui ne visent pas à mimer un univers de pulsions répétitives, mais la sensualité de sa relation à la contrebasse et au piano. Liva et Vincent le lui rendent bien en étoffant leurs jeux de touches sonores étonnantes, comme Liva dans ses chorus. Comme Vincent dans ses boitiers magiques, dont l’intervention est bien à propos, dans l’exposition des thèmes ou quelques passages de chorus.

Avec bonheur encore nous avons écouté ce Love Song, cette histoire où dans son infinie discrétion et douceur, Liva a réussi a exclure toute trace de perversion ou de toxicité, et pour finir en rappel ce beau Quiet and peace, qui une fois de plus nous rappelle qu’en principe la musique adoucit les mœurs.

 

En principe!

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