(26) DrômeJazz dans la ville

27 au 29/09/2019 – Quatrième édition de Jazz dans la Ville à Montélimar

Le 27 septembre, à l’auditorium Michel Petrucciani de Montélimar, les rampes se sont allumées pour la quatrième édition du Festival du Jazz Authentique, proposé par l’équipe engagée et soudée de « Jazz dans la Ville » qui aura réussi, en quatre années d’existence, à asseoir un festival de qualité.

Festival aujourd’hui très attendu, il se déroule sur trois jours – deux soirées et une « matinée » – et réunit des groupes toujours de haute tenue musicale, bien inscrits dans ce paysage du jazz traditionnel.

Ce vendredi 27, donc, la scène ouvrait sur un jeune sextet de pur jazz New Orleans, « La Fanfare du Comptoir« , une évolution du groupe « Le Comptoir des Fous » qui vit le jour en 2010, dans la région de Montpellier avec, déjà, quatre des six musiciens d’aujourd’hui pour le composer. Leur credo : reprendre des standards du jazz des années 1920-1930.

Aujourd’hui, le groupe est un sextet, et il est grand temps de les présenter car, derrière un humour corrosif et une bonne dose de nonchalance, se cachent six musiciens d’une précision diabolique.

Au saxophone, soprano ou alto, Srebrin Avuski. Originaire de Bulgarie, Srebrin est dans cette formation depuis les origines. Son calme olympien (ou sa discrétion) dans la vie laissent place à un jeu puissant sur scène, qui place son sax comme une pièce maîtresse du sextet.

A la trompette, Louis Genoud. Ce Lyonnais d’origine a débuté dans la musique… au violoncelle. Le jazz (et aussi la facilité de transport de l’instrument) le feront opter pour la trompette dont il joue depuis six ans. Six ans ? La trompette réussirait-elle aux Louis ? On a plus l’impression d’une maîtrise plus ancienne. A côté de « La Fanfare », Louis se produit dans un duo violon-violoncelle, avec Diane Delzant, « La Cordée » et dans un autre sextet de musique électro-jazz, « M.D.C ». sans oublier son groupe (quintet) aphrodite, les « London Jack ». Louis Genoud a rejoint « La Fanfare » depuis un an seulement.

Boris Combes est un pur Montpelliérain. Et il est aussi le fondateur de l’ensemble. Il fait vibrer son banjo depuis une quinzaine d’années, participe également à une fanfare-biguine – « Kalingo », et un groupe de rock, un sextet, « S.O.A. »

A la batterie, Adrien El Bedhui. Batteur depuis quinze ans, ce natif de Marseille rejoint le groupe deux ans après sa formation. On sent en lui des affinités prononcées pour les musiques latines, qu’il peut faire découvrir au travers d’une autre formation, « Onda Ya », et aussi pour les musiques africaines – il monte en ce moment un groupe de musique congolaise…

Au tuba, Arnaud Delosanne. Cet ancien bassiste a découvert le tuba il y a une vingtaine d’années et, finalement, il a très bien fait. Arnaud se produit aussi dans le groupe « Les enjoliveurs », il a aussi fait partie du groupe de rock « Les Sévères ». Et il se produit aussi dans deux duos « Michel et Yvette » où il partage la scène avec Aude Combettes, et « Les Michel », un duo contrebasse-ukulele. Arnaud compose aussi des musiques pour des spectacles de marionnettes.

Originaire du Doubs, et domptant parfaitement son trombone, Florent Morisot. Un instrument qu’il pratique, lui aussi, depuis une vingtaine d’années, ce qui lui permet une expression très fluide au sein de « La Fanfare ». Florent joue aussi dans la formation « G.G.B.B. », où il retrouve Louis et Srebrin, et dans un ensemble de hip-hop instrumental,  « Le groove de l’Empereur ».

Ouf… voilà pour la présentation des troupes. Une troupe qui, sur la scène, et au travers d’un répertoire très enlevé, aura déjà répandu des salves d’étincelles. Par le dynamisme de son jeu, par la donne impeccable de ses six talents alignés, qui auront galvanisé un public très rapidement conquis.

C’est « haut la main » que le sextet aura remporté le premier set de ce Festival en trois manches. ..

La seconde, le samedi 28, promettait encore. D’autant que « la partie se jouait en double », avec deux concerts enchaînés.

En première partie, le Karim Addadi Organ Trio. Quelques précisions de présentation, peut-être ? Autour de Karim Addadi, et de sa guitare avec laquelle il ne fait qu’un, deux « pointures » chez qui la gentillesse se partage avec le talent : Cédric Perrot à la batterie et Stéphane Vincenza, qui occupe la case « Organ » du trio. Bon, et maintenant que les présentations ont été faites… eh bien asseyez-vous et laissez vous conduire, laissez-vous enivrer et emporter par le jeu énergisant que produit le trio. Un trio que l’on peut – très facilement, merci Stéphane – réécouter sur Lyon, à « La Clefde Voûte ». Ainsi le 12 octobre prochain. Mais, avant ça, dès le 3, Karim Addadi s’y sera déjà produit avec le « Gipsy Groove Gang » – une autre aventure. Les 1er et 02 novembre, on pourra retrouver le trio, muté en quintet puisqu’enrichi de la présence des deux fils de Cédric – Héliodore au trombone et Cléobule à la trompette et au chant – réuni sous le nom de « Keystone Crew ».

Outre leur prestation incroyable, les spectateurs, l’équipe organisatrice et, raisonnablement toutes les personnes qui ont du cœur, auront apprécié l’intervention de Stéphane Vincenza, une intervention à deux titres : technique d’abord, avec une « explication certaine » de la présence d’une orgue Hammond sur la scène et puis une intervention plus intimiste, pour laquelle il vaut mieux lui laisser la parole : « Vous savez, des musiciens qui savent jouer, des musiciens de talent, on en connaît beaucoup. Mais des gens capables de monter de telles organisations, capables de faire, dans des conditions chaleureuses, ce qui est fait ici, on en connaît déjà beaucoup moins. Ils représentent pourtant une part très importante dans la vie du spectacle vivant… Bravo et mille mercis à eux… ». Il va sans dire que cette intervention aura été suivie d’applaudissements fournis… au moins égaux à ceux enregistrés pendant toute la durée du concert de Karim, Cédric et Stéphane qui aura été bien au-delà des espérances. On aura eu droit à quelques bijoux, dont Besame Mucho arrangée sur trois temps, telle une valse. Un moment de félicité.

En seconde partie, mais en réalité il n’y avait ni première ni seconde quant à la qualité, un autre quartet « monstre » a eu la bonne idée de poser ses instruments sur cette scène, décidément très bien fréquentée. Les maîtres d’œuvre : Romane, et Daniel John Martin Du lourd encore, du jazz manouche où l’on flirte encore très souvent avec la perfection, l’extra remplaçant le super pour la plus grande joie du public présent, et nombreux. Daniel John Martin, sous de faux airs nonchalants, c’est un rendu au violon d’une beauté extraordinaire et il fallait cette qualité-là pour répondre au complice, en face, le maître-ès-guitare manouche (bien sûr), Romane. Un Romane au top de sa forme, malgré près de huit cents km dans les jambes – il arrivait tout juste de Poitiers. Autour d’eux, pour polir les angles du quatuor, deux autres talents : Michel Rosciglione à la contrebasse, excessivement présent et juste tout au long de la prestation et le « poumon » de l’équipe, le « pompiste » à la guitare rythmique, celui qui donne le tempo, Julien Cattiaux.

La soirée du samedi aura été remplie, humainement comme musicalement.

Il fallait malheureusement, comme toujours, un point final à cette belle organisation. Il a été donné le dimanche avec la prestation du New Orleans Gospel Quartet. Il fallait aussi un groupe « à la hauteur » pour finir en beauté ces trois jours dédiés à la musique jazz. Il le fut. Le New Orleans Gospel Quartet, c’est de l’or en barre, dans cette discipline si particulière qui, traditionnellement maintenant, termine le Festival Jazz de Montélimar. La structure ? Il faut préciser car, si le groupe s’annonce comme un quartet, ils sont en fait huit sur scène. Alors let’s go pour les présentations…

En front, les voix. Celles dont on attend tout dès lors que l’on parle de Gospel. A tout seigneur tout honneur, les filles d’abord : Flora Sicot et Rachel Ratsizafy. Aussi différentes que complémentaires, elles donnent de belles couleurs à cette musique attachante, à laquelle elle rendent à la perfection toutes ses lettres de noblesse. Mais les garçons, alors ? Pas de panique, ils étaient là et bien là : David Bardy – avec, en magasin de voix, toute une panoplie à faire tomber les ailes d’un chérubin –  et Sylvain Padra, que les amateurs du genre ont pu déjà écouter, dès 1994, au sein du célèbre « Black and white Gospel Singers ». Et puis, derrière ces voix, quatre instruments : Yoan Razanatsimba à la batterie, Frédéric Léger à la contrebasse, Charles-Eric Moreau au saxophone et Damien Bianciotto à la guitare. Tous les quatre « fidèles à leurs voix » qui auront construit, avec elles, la plus belle des fins à ce Festival 2019.

Stéphane Vincenza a bien raison, finalement. Heureusement que l’on trouve encore des personnes, des bénévoles, des passionnés comme cette belle équipe de « Jazz dans la Ville ». Grâce à eux, la famille du jazz vit, et nous permet de vivre aussi des moments inoubliables.

Merci pour ça…

Ont collaboré à cette chronique :

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