(42) LoireRhinoJazz(s)

03/10/2019 – Noa « Letters to Bach » au Rhinojazz(s)

Bach avec émotion(s)

Inviter la chanteuse Noa à l’Opéra de Saint-Etienne avec un programme essentiellement inspiré par Bach relève plus de la parenthèse du Rhinojazz(s) que de son esthétique dominante. Quand on sait que Quincy Jones est aux manettes de la production du disque, on se dit que l’organisation a vu juste. Un opéra bien rempli s’apprête à vivre un moment unique. 

Une première partie revisite le répertoire plus pop de la chanteuse entourée du bassiste Or Lubianiker et du guitariste Gil Dor, choriste à l’occasion. Vêtue d’une robe couleur sable, pieds nus, face au micro ou installée derrière ses percussions, elle a toute sa place sur cette scène habituée aux voix d’exception. Pendant qu’elle improvise un « Bonsoir à tous… » et une présentation chantée de ses musiciens, dès la troisième chanson, les soixante choristes de La Maîtrise de la Loire, dirigés par Jean-Baptiste Bertand, s’installent derrière le trio. Elle livre une longue version personnalisée pour le public stéphanois de son tube I don’t know en faisant chanter le public et la maîtrise. Noa conclut cette séquence par un vibrant hommage à sa grand-mère, disparue depuis peu, dans lequel elle pratique les percussions corporelles… Elle s’éclipse en coulisse pendant que ses musiciens nous offrent un duo très groovy !

En robe rouge et noire, chaussée, Noa revient au micro pour aborder ses Letters to Bach en duo avec son guitariste. « Shalom Jean-Sébastien Bach… » ouvre la première lettre qu’elle nous lit, en français, avec son délicieux accent. D’autres lettres, d’autres chansons suivent, en duo, en trio, avec la maîtrise. Sans orgue ni clavecin, Bach est revisité avec brio dans des chansons aux textes très contemporains donnant à l’alliance paroles et musique un parfum d’éternité, anglais, hébreu, français les rendant universelles. 

Dans un étonnant Saint-Etienne Blues, installée aux percussions, Noa glisse une nuée de remerciements et embraye sur un final tonique pendant lequel Maîtrise et public sont à nouveau sollicités, les derboukas donnant le tempo qui va crescendo. S’ensuit une ovation debout pleinement méritée ! Trois rappels nous sont offerts où l’on reconnaît Smile avant un bouleversant Ave Maria dont elle a réécrit les paroles pour en faire une chanson pour la paix qui s’achève avec la Maîtrise. Les cris de joie entendus en coulisses pendant que nous quittons la salle se passent de commentaires…

Accompagnée avec beaucoup d’efficacité et de subtilité par ses deux musiciens, valorisée par soixante choristes attentifs et motivés, Noa est à l’aise dans tout son répertoire, sa voix de cristal atteignant des sommets de pureté qui donnent le frisson. De plus, elle habite la scène avec élégance, ses mains sculptant et caressant l’espace quand elles ne frappent pas les bongos et les derboukas.

Le Rhino conserve son art de susciter les rencontres, de programmer le bon artiste au bon endroit, de repousser les frontières de la musique la plus indéfinissable qui soit : le jazz ! Qu’importe l’étiquette, sensibilité, générosité, émotion étaient au rendez-vous de ce Bach épistolaire en mode Noa !

Ont collaboré à cette chronique :

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