(38) IsèreJazz Club Voironnais

05/10/2019 – Journée « Harmonica » au Jazz Club de Voiron

Ce samedi 5 octobre 2019, pour marquer la reprise de la saison « au coin du feu », le Jazz Club de Voiron nous convie à une session Harmonica, au cabaret Atmosphère-MJC.

Ils sont trois harmonicistes aux profils très différents. La salle se remplit fissa et le préposé aux feux envoie la colonne de photons sur le président « Cazal », Philippe Cazaly, micro en pogne, chemise Hawaï, sourire Colgate, timbre velours et vannes émollientes histoire de caler les alligators* dans leurs sièges. La console envoie un feedback perce-oreilles pour que le maître de cérémonie s’éloigne de l’ampli…

C’est Antoine Laville qui attaque, son diatonique vissé sur le micro, look mixte Dalai-Lama/Jean-Jacques Milteau, ce dernier grand vulgarisateur du piano de poche (les lunettes). Antoine jette un œil en coin sur les cordes qui semblent chercher la ligne de départ. On dirait que le ukulele de Mimi JO le déstabilise. Il est vrai qu’il est amplifié – le cercle métallique sur la table d’harmonie… Pas facile de picorer quelques arpèges dans les aigus sans troubler la vague d’accords en sourdine que Cazal tisse sur sa Conti Entrada.

D’autant qu’Antoine use de prouesses techniques (bending, overblow et overdraw*) pour compenser les altérations qui manquent sur son instrument. Ce sont ces dièses, bécarres et autres bémols qu’il crée grâce à de subtiles positions de l’harmonica dans la bouche et d’abaissement de la mâchoire inférieure pour moduler l’air, soit en soufflant, soit en aspirant, en jouant de la langue pour bien obturer les trous…

L’harmonica, si rudimentaire de conception, ne se joue pas comme un pipeau. Il faut en avoir dans les alvéoles pulmonaires, sans compter les syncopes et les légatos qu’il faut poser entre les frotti-frotta de la batterie et les chorus que Cazal se plaît à déclencher avec un bon feeling. Douze mesures quand même à chaque fois ! Antoine est un sacré technicien, compositeur et prof pointilleux…

Le grand balèze qui investit maintenant la scène est pourvu d’un porte-harmonica accroché au cou, bricolé avec du fil électrique… Normal, il a aussi sa guitare à gérer. En jouer en s’accompagnant d’un « dix trous » remonte au temps du blues et de la country, vers 1870 aux US… Le « rack » fut inventé par les précurseurs et popularisé par Bob Dylan qui d’après les mauvaises langues avait tendance à « bourriner » son diatonique. Enfin on aime quand même bien Blowing in The Wind

Le géant qui accorde sa gratte en bougonnant se nomme Barefoot iano, Ian Giddey dans le civil. D’emblée, l’artiste annonce la couleur : pieds-nus (barefoot), il arpente la scène à grandes foulées, (réminiscences du bush de son Australie natale à la poursuite des kangourous), harangue les spectateurs et signifie au bassiste d’un coup d’œil appuyé qu’il a intérêt à pas se planter. Mais no worry, derrière son visage d’ado à la lèvre boudeuse, Pierre Bonnet se révèlera tout au long des sets un efficace et inspiré tisseur de mélodies en doubles croches et slaps confidentiels. Il joue une Fender Bass Jazz qui a dû en voir de toutes les couleurs, à commencer par la sienne propre, un vert improbable dont la peinture s’est usée, révélant le bois, là où le cake sue…

Ian met une ambiance de folie avec sa grosse patte claquée sur la caisse qui étouffe parfois les cordes et lui permet de coordonner le balancé de la main droite avec son jeu de bouche… trois-cents mains claquent en cadence et quelques couples sont du côté du bar, occupés à cirer le parquet – un genre de mashed potatoes

Après un bref entracte, voici venir Eddy Guiso et son petit chapeau à la Zanini. Tout en délicatesse, Pierrot lunaire, les yeux quasi perpétuellement clos sur un monde intérieur qu’il voudrait nous faire partager. Sobre le garçon. Il s’est fait tout seul et a construit un solide répertoire de blues, Soul et rock. Il emportera le micro mobile au gré de ses déplacements de fennec sautillant, se rapprochant de son chanteur guitariste. Émotion palpable sous les spots…

À retenir dans la setlist, deux compos d’Antoine Laville : Gigue Hot et Train Of Joy. Une de Phil Cazaly : 3 Days Blues. Trois reprises : Bluesette, Roll and Tumble blues et Miss Celie’s Blues.

Pour le final, les trois stars soufflent ensemble, accompagnés du quartet de choc. Le batteur en profite pour se lâcher badaboum clac tomb tomb tzing tralalère… non mais, y’a pas que les balais dans la vie ! Il est temps pour François Parmentier de tirer les manettes des lights. Terminus, tout le monde descend… fondu au noir…

 

*Alligators : fans de jazz dans le jargon

* Bending = glissé/bouché. Overblow = soufflé et Overdraw = aspiré

Ont collaboré à cette chronique :

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