(42) LoireRhinoJazz(s)

06/10/2019 – Jean-Pierre Como solo pour le RhinoJazz(s) à Génilac

Como Paradis…

Après avoir déjà investi les grandes scènes de la région (Zénith, Opéra, Fil) où s’est pressée la foule, le Rhino qui bat son plein offrait une parenthèse dominicale beaucoup plus intimiste comme il sait les concocter, cette fois dans la petite église perchée du village de Génilac. Habituée à recevoir le festival en ses murs – généralement avec des propositions vocales- elle abritait cette fois un solo instrumental en pure acoustique avec le pianiste compositeur Jean-Pierre Como, figure majeure du jazz français. Rôdé aux prestations en groupe, comme sideman des plus grands ou avec ses propres formations du trio au septet, l’ex-clavier du mythique Sixun aime retrouver de temps en temps le dénuement de l’exercice solitaire, en toute simplicité face à son majestueux Steinway de noir laqué dont il est un éminent ambassadeur (labellisé Artiste Steinway depuis l’an dernier à l’instar de Keith Jarrett ou Ahmad Jamal). Sincèrement touché par la proposition de Ludovic Chazalon –programmateur qui s’investit toujours en profondeur  et avec de la suite dans les idées quant à ses motivations artistiques-, le jazzman virtuose était d’autant plus friand du projet qu’il n’avait à ce jour, malgré trente-cinq ans de carrière internationale, encore jamais joué dans une église !

Como son cérébral

L’écrin constitué à Génilac s’apparentait à l’ambiance d’un club sous les sunlights joliment concoctés qui ont contribué à magnifier l’endroit. Une configuration judicieuse, sans estrade en guise de scène, avec un piano simplement posé en lieu de l’autel et à hauteur de spectateurs réunis sur des bancs ceignant l’artiste au plus près. Difficile de faire mieux en termes de proximité ! Même pas besoin d’un micro pour dialoguer avec eux lorsque le pianiste s’exprime ça-et-là en expliquant ses choix et son abord du moment. Car l’attrait particulier de ce genre d’exercice réside pleinement dans la spontanéité de ses inspirations. Selon le ressenti de l’instant présent, il brode sans set-list préétablie un canevas onirique où resplendissent à la fois ses solides bases classiques et toute l’imagination d’un jazzman inspiré, improvisateur surdoué dont on ressent d’emblée la perception romantique de la musique comme sa magie à la livrer avec force poésie. Si l’on voit combien son approche du son est cérébral, on ressent aussi combien l’instrumentiste a une âme et surtout du coeur pour l’exprimer Au gré de son feeling, il puise ainsi dans le vaste champ de son répertoire mélodique pour enchaîner les thèmes en un continuum informel, établissant d’inattendues passerelles de l’un à l’autre, traçant un chemin non balisé sur lequel il n’a aucun mal à nous entraîner tant nos oreilles aiment à se laisser embarquer dans ce voyage sonore aux confins de l’imaginaire. Alternant dans ce captivant déroulé harmonique fougue et délicatesse, sensibilité et densité, Como sous les voûtes nous envoûte et, sous le regard quelque peu surprenant d’un Christ en croix, nous offre les clés d’un paradis éphémère où on le suit les yeux fermés.

 

Nb : Si le journaliste aime délivrer un scoop, en voici trois pour le prix d’un ! N’ayant comme on l’a dit encore jamais eu l’occasion de jouer dans l’enceinte d’une église, Jean-Pierre Como a été subjugué par le son et l’atmosphère du lieu. A tel point qu’il envisage sérieusement d’y revenir, avec un matériel minimaliste, pour y effectuer des prises qui serviront à un futur album live. Prolifique (il a déjà onze albums à son actif, dont le dernier et magnifique Infinite est paru il y a tout juste un an), Jean-Pierre nous a fait écouter en exclusivité un extrait d’un nouvel opus qui sortira en janvier prochain autour de la chanson napolitaine où l’on retrouve la voix du magnétique crooner Walter Ricci déjà présent sur le magnifique Expresse Europa paru en 2015 et qui réunissait un casting de haute volée. Enfin, ce qui ne manquera pas de ravir les fans de la première heure, le claviériste nous confie que 2020 devrait voir aussi le grand retour de Sixun reformé avec ses six membres d’origine pour un album au contenu novateur et inattendu, avant de renouer avec les concerts en 2021. On s’émoustille déjà !

Ont collaboré à cette chronique :

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