Poly…

Polymorphie dominicale pour le Rhino qui s’établit en l’église de Chassagny de Beauvallon. Petit rappel historico-géographique : depuis le 1er janvier 2018,  Saint-Andéol-le-Château, Chassagny et Saint-Jean-de-Touslas sont devenues Beauvallon. Cet alliage de trois communes réunies accueille pour la première fois un concert du Rhinojazz(s). Belle idée puisque l’heureux élu est le quintet vocal La Mòssa ! Sous les saints regards de Marie, Anne, Marie-Madeleine, Jeanne, Jésus, Joseph, Jean-Marie, Roch, François-Régis, Antoine, Blaise, seules, des percussions posées sur un guéridon et un banc, deux tambours sur pieds occupent une scène exempte de sonorisation. Notre vœu d’un concert intégralement acoustique va se réaliser dans le chœur de l’église ! 

Polysémie du nom choisi par le groupe, car La Mòssa évoque aussi bien le mouvement, le geste en italien que le coup de hanche créé par la danseuse de cabaret Nini Tirabouchon dans les années 20, sans oublier qu’il est aussi l’évocation de la féminité en brésilien. 

Polyphonie est le mode d’expression des cinq chanteuses-percussionnistes : Emmanuelle AderSara GiommettiGabrielle GoninJuliette Roussille et Lilia Ruocco. Les cinq voix se mêlent, surprennent, s’entremêlent, étonnent, se complètent, évoquent, se répondent, émeuvent, interpellent, amusent, voyagent au fil d’une quinzaine de chansons. Chacune endosse çà et là le rôle de meneuse ou d’accompagnatrice avec une fluidité et une précision de chaque arrangement.

Polyglossie des textes chantés par les interprètes : l’italien (All’ arie all’ arie, Oi Mamma, Ninella, Tarentella pé abarià), le français (Sur la colline), le finnois (Käppe), le bulgare (Sedenki), l’albanais (Janinës çi panë sytë passée du masculin au féminin), l’irlandais (Dulaman), l’argentin (Balderrama créée par Mercedes Sosa), le brésilien (Dona Mariquinha, Sereia), le créole réunionnais (Laviyon de Danyèl Waro), l’anglais (Nature Boy, LE standard de jazz d’Eden Ahbez ), l’occitan (La mòrt caçaira du groupe La Mal Coiffée) se succèdent au fil du répertoire qui puise dans des traditions plus ou moins lointaines… 

Polyvalence des chanteuses quand elles se muent en percussionnistes pour accompagner leurs voix. Chacune se fait conteuse pour présenter les thèmes des chansons dont la langue nous échapperait. La palette qu’elles explorent passe par l’unicité d’un trio de jazz vocal, la gravité des femmes italiennes face à la mafia ou la mémoire des « enfants de la Creuse », la résistance napolitaine face à Garibaldi, le souvenir des esclaves exilés du Bénin, la sorcellerie des marieuses finlandaises ou la gastronomie des algues irlandaises ! Elles occupent l’espace en variant les mises en place, le quintet adoptant la ligne droite, la ligne courbe, le face à face ou le groupe soudé comme un seul corps…

Et ce sont là les clés de la magie qui opère pendant une heure et quart : une complémentarité parfaite des cinq voix, un choix éclectique de chansons , un rapport de connivence avec le public, le choix d’utiliser l’acoustique de l’église pour se produire a cappella. Le succès de leur premier album La Mòssa : « a moss’ ! », sorti en septembre,  dédicacé à l’issue du concert atteste du bonheur prodigué par Emmanuelle, Gabrielle, Juliette, Lilia et Sara. 

 

Ont collaboré à cette chronique :

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