(42) LoireRhinoJazz(s)

11/10/2019 – Sarah Lenka Quintet au Rhinojazz(s)

Le Quarto d’Unieux, pour sa quatrième collaboration avec le Rhinojazz(s), accueille à nouveau une chanteuse. Sarah Lenka vient présenter au public son nouvel album Womens Legacy. 

La batterie et la voix, puis la guitare rejointes par la contrebasse et le Fender Rhodes ouvrent en douceur avec Be so blind. Last kind words se montre plus dynamique avec l’usage de la guitare électrique.  Trouble so hard affiche un rythme plus chaloupé qui se conclut en gospel vitaminé. Sans guitare, Black Betty est un pur work song. Sarah présente ses partenaires : le pianiste Công Min Pham, le contrebassiste Géraud Portal,  le batteur Matthieu Zirn et le guitariste Taofik Farah avant sa chanson It happened. Pour s’attaquer à une chanson de Bessie Smith, avec une certaine insistance, Sarah décide de chauffer la salle en lui demandant de « foutre le bordel » ! Le public finit par se prêter au jeu, la chanteuse fait mine de chanter en silence avant que son blues ne s’installe fermement, soutenu par cris et applaudissements (presque) spontanés… C’est au tour de Bessie Jones d’être célébrée avec Diamond Joe commencé en voix-guitare acoustique. La contrebasse introduit un prison song : No more my lawd interprété sans clavier. « Une vieille ballade écossaise du XIV ème siècle », The story of Barbara Allen précède un ode aux droits civils en forme de spiritual : Ain’t gonna let nobody turn me around. Pour « la dernière chanson », Sarah demande aux spectateurs d’allumer les torches de leurs portables pour accompagner ce qui fut une comptine interprétée par Vera Hall : Riding in a buggy avec la complicité des spectateurs et après une ultime présentation de ses musiciens, elle se livre de bonne grâce au rituel des remerciements pour conclure en chantant avec ses auditeurs devenus choristes. 

En rappels, elle fait encore appel à Vera Hall avec Another man done gone avant de réellement conclure sur une chanson du répertoire de Bessie Smith Ain’t nobody’s business if I do qu’elle termine en bord de scène, a cappella, rejointe par ses musiciens qui jouent acoustique. 

Sur scène, Sarah Lenka semble avoir choisi le décalage pour interpréter des chansons de femmes écrites en des temps où chanter était un combat  pour celles qui les interprétaient. Fruit de ces luttes, elle se présente sur scène en chaussures dorées, collants, jupe courte, petit haut décolleté, barrette dorée dans les cheveux,  non dans le but de séduire, mais certainement celui d’affirmer une liberté acquise grâce à celles qui l’ont précédée et à qui elle rend un hommage sincère jusque dans la maladresse de ses présentations. Il en va de même pour sa voix, très travaillée, qu’on imagine loin de la rugosité et de la rusticité des voix qu’elle a choisies d’actualiser. Les arrangements soignés et les interprétations virtuoses des musiciens accentuent encore le contraste avec ses chansons qui, pour la plupart, ont été enregistrées à l’origine dans un dénuement extrême. Sarah Lenka ne choisit pas la facilité avec ce projet qu’elle défend, convaincue qu’il y a encore trop d’endroits où ne peuvent exister ces moments d’échange et de partage que sont les concerts…

Ont collaboré à cette chronique :

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