(26) Drôme

12/10/2019 – Christophe Charpenel et Ramon Lopez : Match, exposition photos et peintures à Jaillans (26)

Qu’est ce qui pousse à faire plus de cent kilomètres pour aller voir une exposition ? Le désir, l’envie d’être bousculé, l’aspiration à transformer son rapport au monde. A côtoyer l’altérité à travers une œuvre et se laisser transporter. Revisiter le processus créatif. Tout comme en musique. Le pari que tout se recrée, sans cesse. Dans un monde profondément perturbé, déshumanisé, où le travail ruine souvent la créativité personnelle au lieu de la solliciter.

J’imagine la première rencontre entre Christophe Charpenel et Ramon Lopez, l’un photographiant l’autre dans le cadre d’un concert. Le courant passe, ils se parlent d’artiste à artiste, et leurs regards, curieux, réclament davantage. Pendant plus d’un an et demi, ils vont échanger sur leurs travaux, jusqu’à trouver une cohérence pour une exposition commune. Le premier, autour de ses clichés restés dans les cartons, un regard poétique sur le monde, et l’autre à travers ses peintures, déconstruisant le réel plastiquement mais très attaché à la sensibilité et à témoigner du monde d’aujourd’hui.

Je parcours une première fois l’exposition, histoire de m’imprégner. Les peintures comme les photos sont dans des formats larges. Mon impression est positive, les œuvres dialoguent. Elles racontent en couleur et témoignent d’un attachement profond à l’ancrage dans le réel. Mais autant chez l’un que chez l’autre, rien n’est explicite, tout est dans le laisser à l’interprétation du regard. En cela la peinture de Ramon Lopez pourrait faire penser aux tableaux de Tapiès ou Miro ou encore Tal Coat, les photos de Christophe Charpenel au travail de JR ou de Vanessa Winship. Un deuxième tour pour voir les détails et deviner, au-delà des apparences, la forme. Il y a du rythme, les tableaux et les images sont musique. C’est une composition, en miroirs multiples. Il y a un début, car il faut bien commencer, un développement et une fin, provisoire. Là encore, tout est dans la subtilité, le clin d’œil, le regard qui chante. Ici un amas, tantôt rocher, tantôt chien, tantôt feuille, là une forêt, posée à terre, qu’on peut fouler, sur laquelle reposent des arbres bouteilles colorées, belle installation. Chaque petite œuvre est un tout, qui elle-même s’inscrit dans un cadre plus large, lui même faisait suite à un autre, comme un processus qui avance, qui bâtit ses concordances, discordances, densités, matières, qui donnent envie d’être touchées, craquelures de peinture, d’être caressées, courbes photographiques. Un petit tour vers les artistes pour les interroger sur leur rapport à l’improvisation et c’est un troisième tour, avec l’appareil, pour fixer les finesses et fulgurances. Le dispositif devient subitement autonome, prend tout son sens, résonne à mes oreilles. Comme un objet pictural et musical riche, de mille et une histoires. Qui ne demandent qu’à être contemplées. Les lieux de musique seraient également riches de cette exposition. Le festival Parfum de Jazz avait invité cet été le magnifique peintre et batteur Pascal Bouterin. Quelle belle résonance. A qui le tour ?

* Christophe Charpenel est photographe pour Jazz-Rhone-Alpes.com, Citizen Jazz, etc..,  et Ramon Lopez est batteur de jazz (il joue notamment avec Joachim Kuhn, Dominique Piffarely, Barry Guy et bien d’autres)

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