(42) LoireRhinoJazz(s)

13/10/2019 – Franck Wolf & Mieko Miyazaki au Rhinojazz(s)

Voyage dans le passé et voyage de plaisir.

Je quitte Rive de Gier (après le « Musical Workshops » des Moutin) direction La Chapelle Villars. Mon GPS m’indique de passer par Sainte-Croix-en-Jarez. Déjà les souvenirs s’accumulent. La route est magnifique, je longe la vallée du Couzon, une retenue d’eau attire les « touristes », la météo est archi-clémente pour cette mi-octobre. Je passe Sainte-Croix-en-Jarez, forcément des concerts à la Chartreuse me reviennent en mémoire, surtout le solo de Francesco Bearzatti dans la petite chapelle. Je passe à Pavezin où pour une fois l’église n’affiche pas de concert du Rhino. Encore quelques kilomètres et voici le col de Pavezin qui me bascule sur le versant rhodanien du Pilat. La route tournicote et me voici à la « Vieille chapelle ». Je ne suis pas le premier et de loin !

Veinard je me trouve une place au premier rang. Forcément le souvenir de ce premier concert ici, un 20 octobre 2007 me revient. Nous grelottions et le pianiste regrettait amèrement de ne pas s’être muni de mitaines. Tigran aimerait ce lieu aujourd’hui.

La disposition de la scène est différente. Les deux musiciens sont installés dans le choeur alors que le transept aurait eu son charme à plusieurs titres.

Bizarrement le koto est posé sur deux chaises alors que d’habitude Mieko en joue debout. On verra.

Le set débute, sax et koto font bon ménage, mais cela on le savait (voir ici). Le projet est de faire un pont entre les deux cultures. D’un côté le jazz tendance Coltrane, de l’autre la tradition du koto. En fait, non. Cela fait déjà quelques années que Mieko Miyazaki s’est affranchie de ce qu’elle avait appris au conservatoire de Tokyo. Sa cithare traditionnelle à treize cordes devient un instrument actuel « comme les autres ». Pas tout à fait. La technique d’accordage permet d’en faire un instrument capable de jouer dans les aigus ou les graves, ou entre les deux. C’est toujours surprenant, surtout la vitesse avec laquelle Mieko change la tonalité de son instrument.

Ce soir on retouve le répertoire issu de leur dernier CD « Dankin » : des compositions de l’un ou de l’autre mais aussi des standards qui accrochent l’oreille comme ce Lonie’s lament de Coltrane. Entre chaque morceau, en guise d’interlude Franck Wolf prend le temps de situer le contexte, histoire de laisser à Mieko le temps de régler son instrument. Ainsi il nous présente sa composition Nanamieko (en sept temps, et sept se prononce « nana » en japonais) avec treize notes comme le nombre de cordes du koto.

On change de genre, il fallait bien que l’Alsace figure au menu, grâce Roger Siffer (« l’ethno-musicologue local ») il a pu se réapproprier le traditionnel alsacien Hild o Himmel avec des paroles écrites et chantées en japonais par Mieko Miyazaki. Si ça ce n’est pas de la fusion ! Et en plus ça laisse de la place à l’improvisation.

Ensuite Mieko Miyazaki lâche son koto pour chanter un traditionnel japonais qui évoque la montagne. Là nous sommes très loin (du jazz aussi).

Dans le passé Mieko Miyazaki a joué avec des groupes de tambours traditionnels ce qui lui a inspiré The Drums, une chanson qui vire à l’énergique avec au milieu un cri qui en surprend plus d’un.

Dernier morceau une composition très libre de Franck Wolf, Bronze qui permet aux deux d’exploiter tous les recoins de leurs instruments, le soprano pour Franck.

Le public est bien sûr enthousiaste et ce sera un rappel sur Avec le temps de Léo Ferré. Une jolie interprétation chargée de sensibilité.

Cette chapelle magnifiquement restaurée est décidemment une usine à souvenirs.

Ont collaboré à cette chronique :

X