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15/10/2019 – Franck Tortiller & FT Collectiv – Shut up‘ n sing yer Zappa au RhinoJazzs à Oullins

Connu du grand public pour ses outrances et ses provocations, Frank Zappa était cependant d’une totale exigence en ce qui concerne la musique, qu’il considérait comme la meilleure des choses se montrant toujours aussi rigoureux dans le choix de ses musiciens que pour  ses propres compositions dont il souhaitait maîtriser de bout en bout les publications et la production.

Aujourd’hui, plus de vingt-cinq ans après sa disparition prématurée, son œuvre est toujours bien présente, continuant même à s’enrichir de la publication de titres ou de concerts inédits comme très récemment le triple Orchestral Favorites (Decca 2019) dont cette version enrichie a enthousiasmé de nombreux fans . Encore plus que son œuvre, son influence n’a cessé de grandir auprès des musiciens eux mêmes qui tant du côté du rock, du jazz que du classique lui ont rendu de nombreux hommages. C’est notamment le cas avec Franck Tortiller, vibraphoniste et directeur de l’Orchestre National du Jazz de 2005 à 2008, fan de la première heure de la musique de Zappa, qui, tout en arrangeant quelques compositions du maître, a réuni une douzaine de jeunes musiciens pour continuer à faire vivre cette musique sur scène.

Dans la lignée des formules orchestrales les plus fréquemment utilisées par Frank Zappa, la formation de Franck Tortiller (vibraphone) comprend à la guitare et voix Matthieu Vial-Collet, au violon Yovan Girard , aux saxophones Abel Jednak, Maxime Berton et Pierre Bernier, aux trompettes Joel Chausse et Rémy Béesau, à l’euphonium et au tuba Tom Caudelle, au trombone Léo Pellet , au Fender-Rhodes Pierre-Antoine Chaffangeon, à la  basse Pierre Elgrishi et à la batterie Vincent Tortiller.

Le répertoire joué s’inscrit strictement dans celui qui a fait l’objet de l’album sorti cet été Shut up’ n sing yer Zappa (label MCO 2019) mais ici la magie du spectacle vivant opère à fond, avec un son d’une belle densité sans compter les effets et les recherches psychédéliques sur les costumes !  

Le concert s’ouvre sur une version allongée de Brown shoes don’t make it un titre de 1967 de l’album Absolutely free, souvent considéré comme le premier chef d’œuvre de Zappa parce qu’il fait appel à une vaste palette de tableaux mélangeant rock classique et jazz. Dans la version jouée ce soir, une place particulière est laissée aux chorus de trompette, trombone ou vibraphone. Le morceau suivant est Montana initialement publié en 1973 sur l’album Over-nite sensation et souvent joué sur scène pour mettre en avant l’inventif  jeu de guitare de  Zappa. Bien appuyés par les cuivres, le chant et la guitare de Matthieu Vial-Collet prennent ici toute leur dimension pour célébrer ce quasi tube de la discographie « zappaïenne ». Mother People & Igor’s Boogie se mélangent ensuite parfaitement en alternant passages rapides et chantés. Avec Joe’ Garage extrait de l’opéra rock éponyme en trois actes, on est au sein d’une œuvre ambitieuse, celle d’un  Zappa maintenant pleinement reconnu à l’aube des années 80. Ici la chanson titre s’ouvre sur un solo de vibraphone et sur le chant de Matthieu Vial-Collet s’accompagnant délicatement à la guitare acoustique dans un style rock californien, avant l’entrée en lice des cuivres pour colorer cette reprise totalement réussie. Sur Florentine Pogen (album One size fits all de 1975 considéré comme l’apogée de la période Mothers of Invention),  Franck Tortiller parvient à une relecture libérée du morceau en multipliant les chorus guitare, basse, batterie, tuba, violon et surtout en introduisant un passage carrément rap avec le flow de Yovan Girard qui fait merveille. C’est Andy (encore une composition créée sur One size fits all) qui termine le concert sur un mode puissant et enjoué de bout en bout autour d’un chorus de sax de Maxime Berton et d’un puissant solo de guitare électrique de Matthieu Vial-Collet s’inspirant du meilleur de la créativité de Zappa sur cet instrument où le maître a aussi laissé une marque inoubliable.

En résumé : au cours de cet été nous étions revenus plusieurs fois sur l’écoute de l’album, mais ce soir en live nous avons été carrément enthousiasmés. Le flair légendaire du RhinoJazz(s) a encore mis dans le mille !

Ont collaboré à cette chronique :

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