(38) IsèreGrenoble-Alpes-Métropole Jazz Festival

18/10/2019 – JPZ Jazz Band & Grenoble Swing pour le Grenoble Alpes Métropole Jazz Festival

Vendredi soir, salle Edmond Vigne… Le Jazz Festival de Grenoble 2019 touche à sa fin. Demain, c’est la der des ders. En attendant, le staff nous réserve une belle surprise. Par un tour de passe-passe, la salle s’est métamorphosée en dance floor propice à la glisse…

Les musiciens sont annoncés par le sémillant président, avec sa crinière de sage parnassien. Tout à l’heure, Salvatore se mettra à la batterie, histoire de montrer de quelles baguettes se chauffe la famille Origlio. Avec son fils Alfio au piano, ça roule allegro !

Le quartet JPZ attaque dans le velours : pas d’esbroufe, un pour tous… à commencer par le boss, Jean-Pierre Zoppetti, un roc devant sa Pearl, la voix rocailleuse et les balais qui chipotent autour des toms, cinglent la crash et claquent la caisse claire. JP a du répondant. Il fut le métronome d’un nombre incalculable de pointures, Jo Privat, Aimable, Julien Clerc, les Forbans, Patrick Juvet…

Cinquante ans de bons et loyaux services, ça se sent dans la play list. Le swing d’abord, un savant entrelacs de standards anglo-saxons et de tubes frenchies revisités… On retrouve Aznavour, aussi bien que Satchmo, Ray Charles ou Charles Trenet, Nat King Cole, Nougaro , Prince et les Beatles…

La rythmique suit, aux petits oignons. À la contrebasse, Malcolm Potter tient son monde à l’index et renforce la scansion plutôt que de coller à une ligne harmonique. Ça, c’est pour le sax qui a la délicate tâche d’assurer le contrepoint. Malcolm sait aussi pousser la ritournelle à tel point qu’il en dévore le micro ! Ça crachote un chouia…

David Robin à la Gibson se charge de noyer les parasites dans des accords bien carrés, de temps à autre un neuvième, voire quelque chose de diminué, une bonne grille de base que le saxophone va systématiquement dégommer, une grêle de petits cailloux jetés dans la mare, histoire de créer des ondes envoûtantes.

Ce soir, le ténor Yohan Jacquier pousse ses notes rugueuses, avec un fond barberien qui nous rappelle un indicatif nocturne… Oui, du Gato Barbieri, le jeune homme prend un petit air pincé quand il doit abandonner ses errances dans les bémols, mais bon, JP sonne le hallali, il faut céder la place aux guincheurs…

Les JPZ libèrent la scène. Tous les danseurs de Grenoble Swing sont en stand-by autour de l’arène et dès les premières mesures New Orleans, deux groupes vont se produire avec application : on sent la mise en pratique des master class, déplacements a minima, rester dans le tempo, synchroniser avec son partenaire, ne pas regarder ses pieds, banane à l’avenant… La choré s’intitule « California routine »…

On se prend à déglutir quand déboule une volée de moineaux moqueurs aux fringues bigarrées : citron vert, mangue, orange ou mandarine, physalis, peppermint et diabolo fraise, fruits de la passion quoi ! C’est le collectif Jazz Roots, la modern dance qui veut se démarquer des années 20 en se libérant de la pesanteur. Courir, sauter, bringuebaler dans tous les sens, mais attention, ensemble, bien synchros avec la meneuse au sourire carnassier comme dans « La fièvre du samedi soir ». Ça donne des fourmis dans les gambettes, on se bouge, on veut un flashmob !

Mais… cool, on est « Friday night fever », et un speaker filiforme annonce l’entrée en piste de la Balboa, du typique swing entre-deux-guerres : costards trois pièces rétros sobrement sombres, chaussures italiennes à bouts pointus pour les cavaliers, jupes fourreau en tweed qui tombent sous le genou et ne permettent que des pas de chattes pour les damoiselles. Rock contenu car les mains ne se quittent pas, on est au corps à corps et les hauts talons risqueraient de se transformer en patins à glace, surtout pas de portés…

Voilà, c’est tout pour ce coup-ci, les groupes s’entremêlent pour un salut en farandole, sueurs aux aisselles, larme à l’œil et sourires aux anges… Duke Ellington le disait bien : If it Ain’t Got That Swing… Ça ne sert à rien s’il n’y a pas le swing.

C’est l’entracte. Le public se requinque autour des tables couvertes de victuailles. On se croirait au Bal du Moulin de la Galette, excusez du peu ! À peine le temps de trinquer à la jeunesse, au bruit, à la fureur, que déjà le quartet retourne au charbon et JP invite à se lâcher… Tout l’monde balance et tout l’monde danse, et swing la baquaise dans l’coin d’la boîte à bois !

Ont collaboré à cette chronique :

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