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19/10/2019 Soirée Blues : J.J. Milteau Sextet & amp; Sugaray Rayford à Saint Chamond

Soirée Blues du Rhino avec J.J. Milteau Sextet & Sugaray Rayford

L’incontournable soirée blues indique que la quarante et unième édition du RhinoJazz(s) touche à son terme.  Cette année encore, c’est avec deux formations révélant deux facettes très différentes de cette musique : d’une part avec l’harmoniciste  Jean-Jacques Milteau, un versant assez acoustique et traditionnel, et d’autre part avec Sugaray Rayford, un volet chargé d’électricité très marqué soul et rock survitaminé.

Après son projet avec Eric Bibb autour des folksongs de Lead Belly en 2015 et son séduisant trio CrossBorder  Blues aux cotés de Vincent Ségal et Harisson Kennedy en 2018, Jean-Jacques Milteau revient à sa formule en sextet tel qu’il l’avait développée dans ses albums Soul Conversation en 2008 et Considération en 2011. A l’exception du guitariste Manu Galvin- actuellement en tournée avec Maxime Le Forestier- remplacé ici par un autre grand de la guitare blues Jérémie Tepper, le line-up du sextet est inchangé avec au chant le duo noir-américain Michael Robinson et Ron Smith, complété par la rythmique avec Gilles Michel (basse) et Eric Lafont (batterie) .  

La set-list de la soirée puisera principalement dans les deux albums cités, complétée par quelques traditionnels de la chanson américaine revisités façon soul-blues-gospel. En début de concert prennent  place les  classiques People get ready et Will the circle be umbroken  ou l’on constate avec plaisir que le duo vocal Michael Robinson  et Ron Smith fonctionne toujours avec autant de complicité et de complémentarité, en se laissant confortablement habillé par les interventions de JJ Milteau sur sa large palette d’harmonicas. Avec We gonna make it de Little Milton et Down in Mississippi de JB Lenoir, on rentre dans le pur registre blues du Delta où l’harmonica a toujours tenu une place essentielle. Plusieurs compositions jouées ce soir ont été écrites par Michael Robinson et Ron Smith avec les complicités musicales de JJ Milteau et Manu Galvin. C’est le cas du blues-rock Rock’n’roll will never die ou It’s so real  sous influence Tamla Motown ou de Will you come  en hommage à Martin Luther King. Jérémie Tepper introduit superbement à la guitare acoustique Long Time Gone de David Crosby, morceau qui à partir de 1969 a toujours fait partie des concerts de Crosby, Stills, Nash and Young . La version donnée ici démontre la totale complicité du sextet, bien servi par la rythmique autour de généreuses parties de guitare, d’harmonica et  de superbes harmonies vocales réunissant tout le monde.

En rappel, le groupe reviendra pour une version du traditionnel blues I gotta move chanté a capella par toute la formation avec juste quelques soupçons délicats d’harmonica du plus bel effet.

En résumé une première partie qui a tenu toutes ses promesses et qui montre que la formule  JJ Milteau en sextet peut encore enthousiasmer le public.

 

Rayford trempe la chemise

Avec le géant Sugaray Rayford on change totalement de registre. Un solide  chanteur venu du gospel  pour faire ses classes blues en tant que leader de la formation des Mannish Boys avec laquelle il a obtenu le Blues Music Award en 2013. Tout en orientant davantage son blues vers un style plus rock et soul, il a réuni sa propre formation, enregistrant cinq albums dont les plus récents  The world that we live in en 2017 et Somebody save me en 2019 lui ont ouvert les portes de la reconnaissance et des tournées internationales.  Dès son arrivée sur scène, ou il affiche une étonnante présence décontractée,  il tient à présenter ses musiciens en insistant sur leurs états de service significatifs :  aux claviers Drake « Munkihaid » Shining (qui a régulièrement joué  avec  Deep Purple), aux guitares Alastair Greene (très longtemps avec Alan Parsons Project), à la basse Allen Markel  (plusieurs fois distingué meilleur bassiste de blues), à la trompette Gilles Straw et au saxophone  Aaron Liddard  (tous deux ex Amy Winehouse ) et à la batterie Lavell Jones (ex Neil Diamond et Seal). Quels CV !

Dès le début du concert il est évident que Sugaray Rayford va mettre toute sa puissance et son énergie pour faire réagir et bouger le public. Aussi au deuxième morceau il descend de scène pour faire un large tour de salle en reprenant un Born under the bad sign  beaucoup plus funk que blues. Dès son retour sur scène, il enchaîne avec  un titre de son récent album « Somebody save me », et la puissante composition You and I dans laquelle il mouille la chemise tant au sens figuré qu’au sens « propre »…  Après un passage a capella ou on ressent toute la puissance de sa voix qui n’est pas sans évoquer James Brown, il poursuit avec le titre Ashes to Ashes qui est maintenant de tous ses concerts (et qui n’a rien à voir avec la composition de David Bowie).

Ashes to ashes, dust to dust/If God won’t help me/ then the devil must. I don’t regret a mile that I’ve traveled in this old world.

Sugaray Rayford insiste pour nous démontrer que son orchestre peut tout jouer (country, funk, reggae, rock ..)  pour finalement aboutir à une  inattendue reprise de Pink Floyd Comfortably Numb conduite par le clavier flamboyant de Drake « Munkihaid » Shining . D’ailleurs sur la dernière partie du set, une plus grande place sera laissée aux musiciens avec de généreux chorus de guitare, basse, clavier et  saxophone, tous aussi impressionnants les uns que les autres.

Le rappel avec un Sugaray Rayford installé seul en devant de scène pour reprendre a capella   What a wonderful world constituera une belle surprise pour apporter un peu de douceur  dans un concert ou c’est souvent la force et l’énergie qui étaient mises en avant.

 

Ont collaboré à cette chronique :

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