(69) RhôneHot Club

23/10/2019 – Black Art Jazz Collective au Hot Club de Lyon

Formé en 2010 par de jeunes musiciens afro-américains adoubés par Winton Marsalis himself après leur prestation en 2013 au Dizzi’s Club du Lincoln Center de New York, le Black Art Jazz Collective a un objectif aussi simple que salutaire: créer une plateforme permettant aux artistes de la même génération de collaborer à la promotion de la culture en général et plus précisément à la préservation des cultures afro-américaines, prédominantes historiquement dans la genèse et l’histoire du jazz, reproduisant par là-même la démarche des individualités remarquables, éléments essentiels de groupes tels que le Moderne Jazz Quartet, créé en 1952 avec Milt Jackson au vibraphone, Kenny Clarke à la batterie et John Lewis au piano ou encore les Jazz Messengers, initié en 1954 par le batteur Art Blakey et le pianiste compositeur Horace Silver (inventeurs on peut le dire des styles be-bop et Hard-Bop, même si certains considèrent peut-être à juste titre que c’est Miles Davis, qui lança cette nouvelle appellation en enregistrant Walkin’ avec Lucky Thompson, en 1954). Sans oublier la naissance du quartet de John Coltrane en 1960, avec McCoy Tiner au piano, Jimmy Garrison à la contrebasse et Elvin Jones à la batterie ni l’incontournable Miles Davis Quintet qui prend forme en 1955 avec Coltrane au saxophone ténor, Red Garland au piano, Paul Chambers à la contrebasse et Philly Joe Jones à la batterie.

Le Black Art Jazz Collective évoque ces groupes créatifs établis à différents moments de l’histoire du jazz, clairement conçus pour mettre en évidence les impressionnantes capacités instrumentales et de composition de chaque membre et puisant leur répertoire dans l’évocations des luttes menées douloureusement pour le triomphe des droits civiques afro-américains.

Je pense que la démarche du sextet s’inscrit en fait dans le cadre d’une entreprise de propagande dans le sens positif du terme, une forme de lobbyisme, un rappel aux sources de l’âme noire-américaine et pas seulement du jazz, comme l’incarnait Mahalia Jackson, faisant trembler les murs des temples, dès les années 40, de ses inflexions sensuelles et chaleureuses, dans un mouvement que l’on pourrait qualifier, selon une terminologie typiquement anglo-saxonne, de communautarien (en opposition totale je le précise avec la notion de communautarisme tel qu’on le conçoit en France) se prévalant notamment des trois termes d’un concept développé par le sociologue américain Amitaï Etzioni :  » je et cela », « je et tu » et surtout « je et nous ».

Une aventure frappée tragiquement peu après sa performance au Dizzi’s Club, par le brutal décès du contrebassiste Dwayne Burno ( dont j’avais admiré la performance lors de sa prestation, avec Jeremy Pelt au Périscope en Mars 2012) promu après sa rencontre avec le trio, comme un acteur incontournable, par son expérience et son talent, riche de sa participation avec ceux avec lesquels à 43 ans déjà, il avait collaboré. (Citons au hasard : Freddie Hubbard, Herbie Hancock, Wynton Marsalis, Joe Chambers, Betty Carter, Benny Golson, Clifford Jordan, George Colligan, Joe Henderson, Wallace Roney, Jeremy Pelt, Roy Haynes, Bobby Hutcherson, Harold Mabern, Mulgrew Miller, Steve Turre, Roy Hargrove, Cedar Walton, Abbey Lincoln, David Murray, Digable Planets, Brian Lynch, David Weiss, Chucho Valdes, Greg Osby, Nicholas Payton, Eric Reed, Luis Perdomo , Orrin Evans, Don Braden).

Ce sextet cofondé par le batteur Jonathan Blake (remplacé ce soir par Mark Whitfield Jr.), le saxophoniste Wayne Escoffery et le trompettiste Jeremy Pelt qui a coopté avec bonheur Vincente Archer à la contrebasse en remplacement de Burno, enrichi désormais de James Burton au trombone, et Xavier Davis au piano, célèbre la « Black Culture » à travers le jazz, dans tout ce qu’elle a de plus positif et rayonnant !

Un rendez-vous proposé par le Hot Club de Lyon, avec une rencontre au sommet, que tout amateur de jazz  »authentique » devait marquer à l’encre rouge sur son agenda culturel.

Un concert qui méritait dix fois plus (et je pèse mes mots) que la modeste jauge que proposait ce soir le Hot Club, pour deux sets ébouriffants, qui nous ont téléporté à New York.

Jeremy Pelt a rempli sa mission avec brio, payant de sa personne au-delà de ce qui fut possible, au prix d’une chemise saturée de sueur, nous faisant apprécier son remarquable talent qui le place parmi les plus grands trompettistes actuels. Mais je renvoie les lecteurs à mes chroniques précédentes expliquant tout le bien que je pense de lui (23 Mars 2012 au Périscope, 28 Mars 2018 au Hot Club, 7 Avril 2019 au Hot Club), avec des musiciens d’un niveau exceptionnel tous autant les uns que les autres, avec cependant une mention particulière pour Wayne Escoffery au saxophone ténor, pour sa rigueur, sa présence physique, sa technique éblouissante, justifiant son appartenance au Jazz At Lincoln Center’s Music Of The Masters avec qui il multiplie les concerts, ainsi que les huit albums qu’il a déjà signés en tant que leader.

Je ne saurai trop recommander à tous les amateurs éclairés de surveiller attentivement la programmation du Hot Club de Lyon, qui se pose incontestablement comme  »the place to be ».

Ont collaboré à cette chronique :

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