(69) RhôneLe Périscope

01/11/2019 – SuperGombo au Périscope

Afro, funk, éméchant !

Ici pas de sorcière débilitante d’Halloween pour nous prendre pour des courges, mais une bande de sorciers qui ont choisi le soir de la Toussaint pour réveiller les morts ! Et pas de crise en thème non plus au sein du septet lyonnais Supergombo malgré trois nouveaux venus intronisés ce soir dans le super combo qui porte toujours aussi bien en étendard son afrobeat incandescent. On sort ce soir en mode Périscope (qui affiche complet avec une longue file d’attente sur le trottoir) en prenant une dernière bouffée d’air frais avant de plonger dans l’antre bondée où l’on sent que le thermostat ne va pas tarder à s’affoler pour virer au sauna. Avec des musiciens qui vont mouiller la chemise et nous faire fondre à tous les sens du terme. Perso, pas connu telle cure d’amaigrissement express depuis un mémorable concert de Macéo Parker au Transbo en plein mois de décembre. Chaud devant !

C’est le batteur d’origine Burkinabé Wendlavim Zabsonré qui prend le micro pour accueillir le public à coup de clins d’œil puisque les fidèles sont là. « Ici et avec vous ce soir, c’est comme à la maison » se réjouit Vim avant de saluer le boss à la basse en forme d’armoire centrale sur cette scène bien garnie, Etienne Kermac. On salue donc aussi les nouveaux membres bien connus du vivier local, les cuivres Guillaume Pluton à la trompette – Jérôme Bartolomé au sax, et le redoutable guitariste électrique Francis Larue, qui remplacent désormais Aurélien Joly, Nacim Brahimi et Riad Klaï.

Ninkasi ouvre le set en forme de générique de cinéma seventies avant L’intello qui offre un fracassant duel à fleur de peaux tendues entre la batterie et les percussions frénétiques du Réunionnais David Doris. Surgissent les cuivres en étincelles tandis que la wah-wah du guitariste comme la  lourde basse métronomique appuient encore l’infernale rythmique. Nous voilà pleinement enracinés sur les terres d’Afrique de l’Ouest, du Sénégal jusqu’au Cameroun en passant par le Nigéria, le Ghana, le Burkina et le Togo, terreau musical multiple et cœur de l’afrobeat, ce courant initié notamment par Fela Kuti et moteur central de nos Supergombo. L’excellent album bien nommé Explorations (Z Production-2017) en témoigne depuis deux ans qu’ils le tournent, alors que ce soir marque aussi un nouveau départ puisqu’un répertoire inédit se profile avec un prochain album dont l’enregistrement débutera en décembre. Dans la continuité cependant de cette set list aussi joliment colorée que la magnifique pochette du disque, comme en attesteront ce soir trois inédits offert « en cadeau » en milieu de concert.

Au cœur d’un incessant brasier

Voici maintenant Aluna, afro-funk massif qui nous rappelle avec bonheur les grandes heures du Soul Makossa Gang de Manu Dibango, offrant un beau solo de trompette à Guillaume Pluton avant d’enchaîner direct sur le fameux Afrologistic. Nous sommes bien là au centre de l’âme Supergombo, brasier incessamment alimenté par la pratique d’un groove perpétuel. Cette fois c’est le sax de Jérôme Bartolomé qui est à l’honneur, relayant en chorus tout autant enflammé la frénésie déroulée sous la mollette du clavier de Romain Nassini. On s’enfonce plus avant dans la moiteur torride de la jungle africaine tandis que les baguettes des deux frappeurs cadencent le claping et les chants du public. Ma que calor !.. Il est temps d’enchaîner en triptyque les premières nouvelles compos, d’abord Warda entamée très funky avant de s’emporter vers des rythmes typiquement burkinabés. Suit Vortex, afrobeat véloce et cuivré où les claviers partent encore en dérapage savamment contrôlé sous les doigts de Romain qui basculera en mode orgue pour nous faire entrer de plain-pied dans la transe collective. Tous sont à fond dedans, c’est ultra carré et ça tombe comme un couperet tandis que la salle donne de la voix en écho. Vim est aux anges avec un sourire jusqu’au bonnet qui ne l’a pas quitté durant ces longues polyrythmies délirantes. Viendront encore pour finir deux excellents titres d’Explorations, avec Las Cuevas –une tuerie puis Marquis Warren. Après cent minutes d’une intensité ininterrompue –on peut également souligner le très bon son maison assuré de bout en bout par Colin- difficile de se quitter tant la chaleur humaine dégagée ce soir de part et d’autre de la scène était palpable. Heureux et généreux, les sept mercenaires du groove afro ont remis par deux fois le couvert avant de débrancher les amplis. Il était temps que nous aussi nous retirions nos deux doigts de la prise, suffisamment bien rechargés pour tenir jusqu’au bout de la nuit.

Ont collaboré à cette chronique :

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