(69) RhôneAuditorium de Lyon

02/11/2019 – Herbie Hancock à l’Auditorium de Lyon

L’Audi à 5

Hors d’œuvre de bienvenue, la comédienne Blanche de La Commune nous accueille dans le hall de l’auditorium en évoquant, avec leurs propres mots, l’amitié qui lie Herbie Hancock et Wayne Shorter. Elle nous rappelle leur visite chez Miles Davis qui leur fit écouter Le Boléro de Ravel dans sa cuisine ! De façon quasi subliminale, le décor est planté pour la soirée H.H. de l’Auditorium… Maurice Ravel, le bien nommé ! Confortablement installé, j’en profite pour terminer ma lecture de Manhattan chaos de Michaël Mention, fiction évoquant le Miles Davis de 1977 (voir ici la chronique de JF Viaud)… Les travées se remplissent en ce lendemain de Toussaint bravant le calendrier qui voudrait nous imposer un Jour des Morts. Mais chacun le sait : Jazz will never die ! 

Habitué de notre région, Herbie Hancock, fidèle, parmi les fidèles, de Jazz à Vienne, occasionnel visiteur des Nuits de Fourvière, partenaire éphémère de l’Orchestre National de Lyon, césarisé et oscarisé pour la bande originale d’ « Autour de Minuit » du Lyonnais Bertrand Tavernier, vient ce soir avec une nouvelle formation. La flûtiste et chanteuse Elena Pinderhughes, vue au côté de Christian Scott, est la benjamine du quintet. Justin Tyson, batteur de R+R=Now, fait sa première tournée avec le pianiste. Le guitariste Lionel Loueke et le bassiste James Genus sont des fidèles d’avant même sa création du Jazz Day !

Noël en novembre

Histoire vivante du jazz de ces soixante dernières années, Herbie entame, avec des sons synthétiques, un long voyage dans le temps auquel ses partenaires apportent tout leur savoir-faire pendant une introduction de plus d’un quart d’heure. Occasionnellement le synthé est délaissé pour le piano Fazioli, guitare et flûte se partageant les soli avec le soutien indéfectible du groove généré par la basse et la batterie. Come running to me (1978) est assez fidèle à l’original avec son chant au Vocoder et son brin de facétie quand Lionel Loueke glisse quelques vers de La vie en rose. Avec humour et générosité, le pianiste (quatre vingt ans en avril prochain…) présente son groupe : James Genus, « maître du groove », « l’incroyable flûtiste » Elena Pinderhughes, « l’étonnant batteur » Justin Tyson et celui, grâce à qui, « Chaque jour c’est Noël ! », le guitariste Lionel Loueke. Le jazz-funk d’ Actual Proof  (1974) est revisité avec un gros son qui fait vibrer l’auditorium. Elena et Lionel se partagent le chant de la toute récente Secret Sauce commencée en ballade puis s’habillant de funk et dans laquelle Herbie chante aussi en mode Vocoder avant d’enfiler la bandoulière de son clavier mobile pour rejoindre son équipe. Incontournable visite à Miles, Full Nelson (1986) se pare des mêmes atours.  Une escale délicate où Elena alterne chant et flûte précède l’apothéose de Cantaloupe Island  (1964) qui n’a pas pris une ride et amène à une standing ovation pour l’ultime présentation des musicien(ne)s.

Homme généreux, Herbie revient d’abord dans nos oreilles avec le son du clavier mobile puis rejoint la ligne de front pour un Chameleon (1973) écouté par un public, qui chante, debout, qui a pris de plein fouet ce concert de plus de deux heures bien garnies en funk, en groove avec une envie et un plaisir de jouer intacts après presque soixante ans de carrière… Aucun de ses compagnons de route n’avait vu le jour quand il débutait aux côtés de Donald, Oliver, Phil, Dexter, Freddie… et Miles… Toujours alerte, il salue, envoie des baisers et quitte la scène en sautillant !

Hasard, coïncidence ou intention, Herbie portait des baskets rouges qui m’évoquèrent celles de Roy Hargrove, disparu le 2 décembre 2018… Le calendrier avait peut-être (un peu) raison !

Ont collaboré à cette chronique :

X