(69) RhôneHot Club

09/11/2019- Alfio Origlio & Célia Kaméni Quartet au Hot Club

Et s’il suffisait de descendre sous terre pour atteindre des sommets…

Le souvenir d’une belle soirée iséroise quand nous découvrîmes ce nouveau projet nous fit prendre l’escalier du Hot Club. Celui-ci affichait complet. Tant pis pour ceux qui n’avaient pas réservé… C’était New-York en presqu’île ! On attendit patiemment l’ouverture sur une banquette en skaï rouge avant de rejoindre nos chaises au pied de l’historique scène lyonnaise. La formation avait quelque peu évolué. La chanteuse Célia Kaméni, le pianiste Alfio Origlio et le batteur Zaza Desiderio partageaient désormais la scène avec le contrebassiste Brice Berrerd. (C’est ce quartet qui a enregistré l’album Secret Places sorti en mars.) Entre deux chansons de Stevie Wonder, The secret life of plants en ouverture et Master Blaster en premier rappel, nous sommes passés par une incroyable palette d’émotions en revisitant Norvegian Wood (The Beatles), Goldfinger  (John Barry, Leslie Bricusse et Anthony Newley), Kiss from a rose (Seal), Afro Blue (Mongo Santamaria)), Le blues indolent (Jeanne Moreau et Cyrus Bassiak), No love dying (Gregory Porter), Purple Haze (Jimi Hendrix), Caravan  (Duke Ellington, Juan Tizol et Irving Mills), Holding back the years  (Simply Red) amenant sa touche finale à ce somptueux concert.

Toute la musique qu’ils aiment se para de jazz…

Célia avait annoncé que le programme serait constitué de chansons qu’ils aiment, sans souci de message ni de concept particulier si ce n’était celui de proposer cette compilation personnelle en l’habillant d’un jazz dans tous ses états. Ce projet a atteint une impressionnante maturité qui semble l’avoir libéré de toute contrainte et s’offre en deux sets d’exception. Les arrangements d’Alfio ont permis les échanges les plus variés, l’irruption de solos époustouflants, une complicité de chaque instant. Le partage fut constant avec le public qui vibrait à l’unisson du quartet, oubliant parfois d’applaudir un solo, tant il était emporté par la musique ! Quel bonheur de voir la scansion des applaudissements de rappel transformés en tapis rythmique faisant des spectateurs un cinquième musicien ! Quel pied d’entendre des standards et des tubes comme on ne les avait jamais entendus ! Quelle émotion de voir la plus jeune spectatrice, bien protégée par son casque antibruit, taper le rythme du pied en regardant Zaza, danser avec Célia, sourire devant Brice, s’asseoir au côté d’Alfio ! 

La joie de jouer…

Quand Alfio présenta Célia, capable « de faire la transe, la bulle autour d’elle », il ne se trompait pas. En effet, sa technique a atteint un niveau qui la place désormais dans le peloton de tête des chanteuses de jazz quand elle s’envolait dans l’aigu, tenait la note, susurrait, murmurait en jouant la puissance autant que la finesse. Sa diction, son scat étaient parfaits. Elle usa même de ses bagues comme de discrètes percussions dialoguant avec la batterie. Le pianiste évoqua aussi « la magnifique ligne de basse » de Brice, toujours en mouvement, le visage très expressif, encourageant ses collègues, colonne vertébrale efficace ou enlumineur inventif. L’Italo-Grenoblois qualifia Zaza de « formidable musicien qui nous emmène très loin ». Baguettes, mailloches, mains nues, pédales frappaient, caressaient peaux et cymbales avec une précision millimétrée tour à tour percutante ou délicate. Concentré ou hilare, son bonheur fut continu ! Alfio, quant à lui, n’a plus rien à prouver et il ne cacha pas sa joie de retrouver la scène du Hot Club. Il donna cette fameuse impression de facilité et d’aisance dans tous les registres qu’il parcourut de la vélocité d’un solo à la subtilité d’un accompagnement. Ce projet a conquis les quelques dizaines de privilégiés qui, en quittant la salle, tout sourire aux lèvres, prirent le temps de féliciter les musiciens, acheter le cd, le faire dédicacer. Fidèle du Hot, l’ami O.G. m’a confié avoir vécu, ce soir, « son meilleur concert de l’année »… Il envisage d’ailleurs de changer son matériel son pour mieux profiter de Secret Places à la maison… 

Ont collaboré à cette chronique :

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