(38) IsèreLa Source

12/11/2019 – Miroir Nomade – Fawzy & Amin Al-Aiedy

Le 12 novembre 2019

L’auditorium de La Source à Fontaine est une salle intimiste qui convient parfaitement à ce duo. Fawzy et Amin Al-Aiedy s’installent au pied du public. Les couleurs orangées de la chemise et du oud de Fawzy répondent à la teinte bien scintillante de la contrebasse d’ Amin : un bijou dans l’écrin précieux de velours noir de la scène.

Fawzy a un parcours musical déjà bien rempli. Émigré d’Irak depuis 1971, il chante en arabe, joue du luth oriental et vit en France. A Bagdad il a étudié la musique traditionnelle orientale, luth et chant, ainsi que la musique occidentale, hautbois classique. A Paris, il a approfondi le hautbois et poursuivi avec le cor anglais (1er prix à l’unanimité et 2ème prix de musique de chambre) ! Il a gardé intacts en lui les parfums de son pays, qu’il distille à fleur de mélodie.

Amin, bassiste et contrebassiste, a grandi entre deux cultures, celles d’une mère française et d’un père irakien. Il a suivi un double cursus musical à Strasbourg : jazz et musiques improvisées, puis musiques actuelles. Il a également étudié la guitare classique, l’écriture et l’orchestration, obtenant une licence de musicologie.

Après avoir obtenu son DEM de contrebasse, il étudie le oud et les maqam (modes orientaux) en Tunisie où il enseigne le jazz et la contrebasse jazz à l’institut supérieur de musique de Tunis tout en participant à divers groupes de jazz et musiques du monde.

En bref un génie fanatique de musiques !

Ce soir, c’est la première de ce duo qui a à cœur de nous faire découvrir le folk oriental arrangé de façon très actuelle par Amin. Chaque morceau est introduit par Fawzi, retraçant ainsi son histoire et sa culture.

Touli nous vient du sud de l’Irak. Amin tape avec vivacité sur sa contrebasse pour introduire le chant de Fawzy. La voix est chaude, musicale. Le refrain est repris en duo. L’oud est rapide et clair sur les battements de la contrebasse, les regards et sourires sont joyeux.

Suivra Inta (Toi, qui es-tu ?) sur une mélodie dansante ; Sur les mots fredonnés, la contrebasse est un compagnon de chemin.

Puis Darawich (Les Derviches, religieux d’une confrérie mystique musulmane) : une prière pour qui vient habiter la terre s’élève avec ferveur. Les deux instruments jouent ensemble la même partition avec fébrilité.

Un chant lancinant et grave, alerte, pour L’oiseau libre ; un air empreint de poésie pour Le chamelier ; une chanson emplie de tolérance, de plaisir et de sourires pour Lamma Bada.

Mon préféré : Casablanca. Les musiciens voyageant comme les oiseaux, Fawzy avait joué à Casablanca, et le maire de la ville, charmé, l’avait très chaudement félicité : « On est heureux de vivre la musique ». En remerciement, Fawzy a écrit ce morceau illustrant les promenades à travers les souks, longeant la mer, le moral au plus haut. Allégresse et bonheur !

Fawzi entraîne le public et lui fait découvrir la langue arabe, qui vient du fond de la gorge. Tous répètent avec lui des mots sans comprendre, mais une spectatrice traduira le texte !

La contrebasse introduit longuement Matar (La pluie … à Bagdad). Amir accompagnant le chant avec l’archet, accentue la mélancolie. Puis les cordes pincées aux doigts, l’instrument résonne vivement avec l’oud marquant l’espoir.

Suivra Nassiriya, de tradition populaire irakienne, au rythme dansant très varié, puis Nissa, un hommage aux femmes qui sont des bougies qui illuminent les nuits. Après un solo de oud éclatant, la voix grave se répand dans l’espace. Le contrebassiste, attend, concentré, les yeux fermés. Il joue alors aux doigts, apportant chaleur, plénitude, enthousiasme. La joie éclate avec les applaudissements nourris.

Le rappel, très rythmé, rapide, nous invite à chanter avec les musiciens d’une même voix.

Un dernier album vient de sortir, « Ishtar Connection », pour découvrir une autre facette de nos artistes et pour tout savoir, https://www.fawzy-music.com/

Amin Al-Aiedy : contrebasse, arrangements ; Fawzy Al-Aiedy : oud, chant, composition.

Ont collaboré à cette chronique :

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