(26) DrômeFestiv'Jazz

21/11/2019 – Lise Bouvier Quartet et Belzaii Quartet au Festiv’Jazz

Ce jeudi 21 novembre 2019, ouverture du treizième Festiv’Jazz de Chabeuil. Couverts dressés sur une trentaine de tables pour cette soirée Côtes du Rhône Primeur La Suzienne. Près de trois-cents personnes sont venus déguster le nectar et les produits locaux, accueillis comme des princes par les bénévoles toujours aussi performants.

Mais les convives sont venus pour la musique. « Quand le jazz est là, la Java s’en va… » Quatre jours de décibels bien tempérés avec un programme charpenté. À l’affiche : Lise Bouvier Quartet, Belzaii Quartet, Rhoda Scott et ses Ladies, Aurore Voilqué Septet et pour finir, un P’tit Bal Swing emmené par Émilie Blache avant de regagner ses pénates…

Mais le temps que j’écrive ça, « Le Lion » vient de débouler sur scène. La statue du Commandeur, une armoire à glace entre Goldorak et Tarass Boulba, plus proche de ce dernier par son crâne poli et son organe caverneux. Il a en plus de belles rouflaquettes et un sens de l’humour plus développé… Car c’est lui Monsieur Loyal. Il tient le micro, annonce, anime, avertit, accapare, côté jardin de préférence. « Merci au président de l’Assosse, Pierre Bressy qui a tenu bon devant la tempête en Drôme pour assurer le Festival ». Il sait tout faire c’t’homme-là ! Recruter, diriger, et tenir les deux consoles du spectacle : le son et les lumières, un super-régisseur…

Justement, fondu au noir. Sur scène, le Quartet de Lise Bouvier entame la fiesta. Les deux sets qu’il assure en alternance avec Belzaii seront consacrés aux standards, interprétés de manière très personnelle par Lise, au chant, parfois réarrangés par le clavier Grégory Lachaux. Lui, il se lâche sur le thème de Caravan, des cascatelles de croches cristallines que la flûte suit à la tierce. En route pour Samarcande…

On verra une belle connivence s’installer entre la contrebasse de Fabien Gilles, lorsque Lise rendra hommage à la grande Ella en allant puiser dans ses basses sopranesques, tandis que Fabien, encerclant son instrument comme un banian au temple d’Ankor, roulera du bois, ce genre de son à la Ray Brown qui vous pèsent sur l’estomac…

Belle appropriation de La vie en rose par la jazzwoman, mi-rap, mi-chant, mi-scat, explorée en vocalises, Satchmo oblige, et puis elle nous achève avec un My Funny Valentine au bord de la loose…

On The Sunny Side Of The Street sera l’occasion pour Olivier Chambonnière de montrer la différence entre un rythme binaire et un ternaire. Le charleston chauffe et la peau des toms crie au secours… Pourtant il est tout en nuances et plutôt cool le garçon.

Pour le dernier set, les quatre ne font qu’un autour de Michel Legrand pour What are You Doing the Rest of Your Life, vous savez, « I want to see your face in every kind of light »…

Pendant que le Belzaii Quartet  se met en place, on s’interroge : deux guitares échancrées en bas de caisse, de quoi passer les doigts sur les frettes les plus proches de la rosace. Les aigus. Bon, la contrebasse, ça nous ramène au jazz pur, mais la présence d’un sax soprano laisse perplexe… Ils s’installent sur des tabourets de bars haut perchés. Enfin pas le contrebassiste ! Le p’tit gars à la casquette penchée sur le front à la Gavroche compte un, deux, trois, quatre, ses doigts survolent le manche, ça file à toute berzingue. Tiens en y regardant de plus près, il fait songer à Freddie Mercury, bon sang, Bohemian… mais c’est bien sûr…

Jazz Manouche ! Le gars ultra-speed, c’est Olivier Tassëel. À la rythmique, ils ne sont pas trop de deux. Les accords syncopés, c’est pour Nico, Nicolas Gavotto à la gratte. La tâche n’est pas facile, s’il se plante d’une blanche, c’est le pot au noir ! À la contrebasse, avec Anthony Gutierrez, on va découvrir un vrai métronome, mais attention, il se ballade comme il veut et reste toujours dans le tempo, il étire les sons avec des glissandos et frappe parfois les cordes pour rompre la monotonie de l’accompagnement.

Reste le soprano. Que va donc pouvoir faire un souffleur face à tous ces gratteurs ! Eh ben on comprend vite. Cédric Meunier est là pour partager le groove avec Gavroche, dans la discrétion, mais il a aussi un emploi de soliste, et quel soliste !

À lui les envolées lyriques, mais ultra rapides et durant lesquelles on redoute qu’il explose en vol. Mais non, il est bien là et se glisse entre la contrebasse et les tapis de bombes…

Ces garçons ont principalement joué leurs compos personnelles. Celles d’Olivier Tassëel.

J’ai eu en mains la set list avant leur session : Rue de Belfort, Isabella, Gadjonico, Thème Klesmer, Yiddish Party

On a été bluffé par la dextérité d’Olivier dans La Marquisette, très Django genre Minor Swing, et puis la poétique Montagne Sainte Victoire, accords dissonants étirés en contrepoint par la basse, tandis que le soprano se paie des chorus endiablés.

Pour conclure cette belle première soirée, les deux groupes se retrouvent sur scène et tapent le bœuf, bissé il faut le dire. Il me semble que le morceau était All of me, de Cole Porter…

Ont collaboré à cette chronique :

Laisser un commentaire
X