(26) DrômeFestiv'Jazz

23/11/2019 – Aurore Voilqué Septet au Festiv’Jazz

Samedi soir 23 novembre 2019. À Chabeuil, il fait frisquet dans les campagnes. Heureusement qu’il y a le Festiv’Jazz ! La belle salle du Centre Culturel a été transformée en cabaret. Petites tables rondes avec nappes et bougeoirs, disposées comme des pétales d’anémones. Service à l’avenant, discret et efficace.

Au programme, ils sont sept. On dit « septet ». Parfois on écrit 7tet, ça pose dans les conversations. La star est bien connue des festivaliers chabeuillois, elle a déjà laissé ses empreintes de hauts-talons sur l’OSB de la scène, celle-là même où se succèdent pas moins de deux présentateurs pour nous mettre en appétit.

On retrouve « le lion », Môssieur Jean-François Cartaud. Bienvenue à tous, rappelle la place que tiennent les sponsors, puis comme on est à la bourre, il passe le micro à Bernard Chambre, un pro côté production. Look soigné, écharpe rouge en sautoir, baryton léger, il nous met au parfum : « l’artiste que vous allez retrouver ce soir… est tombée dedans toute petite ».

Aurore Voilqué a empoigné le violon à l’âge de TROIS ans ! Elle ne chôme pas puisqu’elle apprend son instrument toute seule… Elle va un beau jour se retrouver au sein de divers orchestres symphoniques dont le truculent « Violon sur le Toit », au Casino de Paris… Puis elle écoute en cachette une autre musique, celle de la rue, Django Reinhardt et Stéphane Grappelli. C’est le déclic !

Elle aime le swing manouche et partage les concerts avec des pointures telles que Samy Daussat, Rhoda Scott, Thomas Dutronc et Pierre Blanchard. C’est ce dernier, un émule de Grappelli, qui lui sert de Pygmalion et la conforte dans ses choix. Comme elle a le goût des grosses formations, elle constitue son fameux septet qui a investi le plateau pendant que nous devisons…

Ils sont tous là et lorgnent du côté du contrebassiste, Bruno Rousselet, qui se lance dans un solo musclé histoire d’amorcer le thème, vite développé par le trombone grasseillant de Daniel Zimmermann. Aurore nous l’avait annoncé, c’est du Gainsbourg, Black Trombone, que son fils Lulu a magnifiquement repris dans un album hommage… Elle le chante, des rimes en « one » et une chute qu’elle susurre : C’est fini.

Le band va égrener une quinzaine de standards toujours explicités par Aurore, qui aime son public. C’est mieux pour tout capter. Le process reste familier : exposition, développement du thème, reprise en chorus par les instrus. Chacun a l’espace pour s’exprimer, dans les limites des douze ou vingt-quatre mesures habituelles, sous l’oreille attentive de la diva et ses froncements de sourcils  quand ça cafouille.

À ce jeu, à toute reine tout honneur, alternant le chant et le violon, Aurore montre sa maîtrise. Elle ne joue pas du « crin crin », mais « à tous crins » (je n’ai pas su résister) la pêche quoi. Virtuose ès archet, dévoreuse de chanterelles. Un joli brin de voix tout de même.

Sur Le jazz et la java, la contrebasse décolle en swing et le trombone nous envoie du lourd, à fond la coulisse, soutenu par Julie Saury qui roule la caisse sur sa peau, et claque ses baguettes sur le ring.

Blue Drag un peu « arrangé » fait exploser le sonomètre, 140 dB au compteur. Glissandos langoureux du violon qui finit par pleurer, un jeu à la Hendrix qui extirpe l’âme de la matière. Long solo de trompette très inspiré de Thierry Seneau ça pulse comme on aime, ça transperce le plafond, tandis que le ténor Thomas Savy et le trombone conjuguent leurs capacités thoraciques pour jouer les cornes de brume…

S’il en reste un… comme dit l’autre… c’est le second « à cordes » de la formation. Un rôle qui pourrait paraître effacé, mais faut que ça tourne rond, et pas un accord à côté, pas de solos casse binette, faut que ça tourne comme un big band, une horloge, mais quand même, être cap’ de tricoter une montée le long du manche, et plus encore une descente dans les aigus mal placés au bout de l’index… Jean-Baptiste Gaudray sait faire tout ça. Il vient même à la rescousse quand un flottement s’installe genre « qui c’est qui prend ce chorus ? » Il y va et gratouille là où ça chatouille. Miss Alto approuve et branle du chef. Tutto bene. On rappelle qu’il a joué avec des balèzes, dont une hors concours : Madonna !

Beau concert jusqu’au mitan de la nuit, tout près de l’heure bleue, avec ce soir un temps fort, la mise à l’honneur des bénévoles qui bossent comme des damnés pour nous faire apprécier cette belle musique… dans un fauteuil…

Ont collaboré à cette chronique :

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