(69) Rhône

16/11/2019 – Bigre! Dance Party au Toï Toï le Zinc

Bigrement pris à Party !…

D’abord un premier constat, puisque le hasard a voulu que mes trois dernières sorties ces quinze derniers jours soient dévolues à des formations lyonnaises (Supergombo au Périscope, Uptown Lovers au Triolet de Tignieu-Jameyzieu, Bigre ! ce soir au Toï Toï Le Zinc de Villeurbanne). Soit autant de répertoires et de formats différents (et la liste est loin d’être exhaustive…), mais qui démontrent l’évidence d’un foisonnement créatif sur la scène lyonnaise, avec à chaque fois, des groupes d’une qualité incroyable tant sur scène qu’au travers de leurs excellents albums respectifs.

Ce soir donc on affiche encore complet pour le concert de Bigre ! au Toï Toï. Un rendez-vous pour une formule mensuelle « Dance Party » initiée depuis la rentrée (ils étaient déjà là le 6 septembre) et qui au vu de sa réussite augure encore de grands moments à venir (ils y reviendront le 13 décembre). On ne présente plus le faramineux big band issu du Grolektif et emmené par le trompettiste Félicien Bouchot depuis douze ans déjà et fort de six albums. Big, le band l’est assurément avec ce soir vingt musiciens sur scène, dont une armada de treize cuivres ceignant comme un enclos le staff rythmique (trois percus, un batteur, clavier-basse-guitare). A ces brigades du Bigre où l’on remarque ici la présence du trompettiste Rémi Gaudillat en remplacement d’ Aurélien Joly (en tournée avec Vaudou Game) s’ajoutent ce soir trois invités au chant : la grande et lumineuse Célia Kaméni, habituée depuis cinq ans à se fondre dans cette foisonnante masse instrumentale, Cindy Pooch la chanteuse de Bongo Hop qui a déjà fait quelques feat avec eux, et, pour le second set, l’infernal funker Juan Rozoff avec lequel Félicien a déjà joué au sein de Booster.

Caliente et sensuel

Le premier set ouvert par Mambo Gritando dévoile le côté pile de Bigre!, fort de onze titres pour la plupart nouveaux >ou dans la veine de l’album « Caramba! » paru en 2017. Soit un mix très réussi de musiques latines – de la fameuse timba des big bands cubains à la salsa, rumba, cumbia et autres cha-cha-cha, avec la grande chanson française ayant marqué le mitan du XXème siècle et dont les textes évoquent tous la relation amoureuse sous ses divers aspects. Toute une époque, celle des grands orchestres mythiques et selects façon Ray Ventura, jusqu’à celui  moins lointain et plus débridé du Splendid avec ses déconnades potaches et démoniaques. Au micro central, Célia avec sa classe naturellement glamour porte la danse à merveille comme les mots de ces textes en français (Ca m’ira, Vertige, Demain, le Temps de l’Amour, Je ne sais pas…). Cindy la rejoindra au fil de ce set chaleureusement caliente où l’on chaloupe dans la sensualité, chaque titre donnant aussi la parole à un soliste cuivré pour de grands chorus parmi lesquels on a particulièrement remarqué celui offert par le sax Nassim Brahimi. Parmi toutes ces belles chansons au charme désuet mais savamment réorchestrées et arrangées avec un son très actuel, mention spéciale au Mea Culpa évoquant l’union charnelle, loin de la valse lente initiale de Piaf qui ici fait tanguer la foule par son groove infernal.

Funky groove torride et sexuel

Un bel avant-goût du côté face de Bigre! développé dans le second set annoncé, comme chacun des titres, avec un humour irrésistiblement décalé par le facétieux sax Fred Gardette. Finis les préliminaires caliente tout en sensualité, nous voilà fort émoustillés pour passer aux actes torrides et plus « sexuels ». Ouvert par un ancien titre Contredanse n°2  puis Dis-moi (O Se Ya Te) le second versant du répertoire s’enflamme encore porté par les deux chanteuses de plus en plus félines. Voilà Tchourou, un nouveau titre du prochain album, porté par un groove survolté où les cuivres assènent leurs uppercuts tandis que la basse de Nicolas Frache et le piano d’Olivier Truchot tiennent la ligne droite et s’envolent vers un beat cette fois résolument afro. Une tuerie ! Oh Yes ! répond la foule au titre du même nom, nouvelle compo de Félicien Bouchot où, selon Gardette « il y a plus de rythmes que de notes ». Très speed, avec un chorus de sax  comme les bons yaourts « avec plus de free dedans », il offre une folie toute zappienne à la grande formation.

Chaud bouillant

C’est déjà chaud bouillant quand arrive enfin celui qui est « tombé dans la Vitamine C étant petit». Petit de taille sous son haut-de-forme noir, il est toujours aussi grand quand il s’agit d’électriser les planches. Quel bonheur de retrouver Juan Rozoff, LA grande figure du funk français des 90’s, à l’instar de ses compères de l’époque FFF, Malka Family et autre Sinclair. On avait déjà eu le bonheur de le revoir en superforme il y a deux ans à Vienne en première partie de Larry Graham lors de la soirée hommage à Prince. Si l’ancien bassiste du Love Symbol nous avait quelque peu déçu, Rozoff si souvent affublé du titre de Prince français, avait quant à lui bien confirmé l’étiquette. De même ce soir, où il retrouve ses potes de Bigre! d’entrée de jeu avec un must du genre, le fameux Nasty Shit, dinguerie à la transe tachy-cardiaque dans la mouvance du P.Funk des Clinton et autre Bootsie Collins. Moiteur et désir salace exacerbé avec l’explicite J’ai Envie qui suit, où il est encore question de tentation et de désir SM ! L’intro inquiétante avec les voix des trois micros qui simulent avec drôlerie des cris de corbeaux planant sur la scène va vite faire place à un débit saccadé. Le travail de scansion – le flow quoi- d’un Juan Rozoff très théâtral est fascinant tout comme les solos des peaux qui rythment ce brûlot charnel. Suivant le tout aussi brûlant Intoxicated, le bien nommé Funky Music  nous achève par son ambiance Princière où les filles n’ont rien à envier à une Sheila E époque Erotic City. On rira encore de bon coeur au délirant chorus du « Captain Saxo » Thibaut Fontana sanglé dans son uniforme d’aviateur, qui trouvera moyen d’y caser le générique de Des chiffres et des Lettres (composé par Marc Berthoumieux, ndlr).

Bouclant enfin la boucle, le titre Bigre et sa grosse salsa funky en mode accéléré était de rigueur pour clore cette Dance Party fracassante qui ne donne qu’une envie : y revenir en courant le 13 décembre prochain, où de nouveaux invités sont annoncés par le big band, dont notamment une autre perle lyonnaise en la personne de Ciara Thomson, chanteuse d’origine américaine et riot girl du combo soul-rock garage Buttshakers. Là encore, ça promet grave…

Ont collaboré à cette chronique :

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