(26) DrômeJazz à Grignan

29/11/2019 – Eeg & Fonnesbaek au Château de Grignan

Vendredi 29 novembre, la Salle des Adhémar du Château de Grignan accueillait un « duo de maîtres ». Une programmation-choc, encore, pour Florent Turello et son équipe, qui avaient invité une « chanteuse venue du froid » – Sinne Eeg – accompagnée, pour cette version duo par Thomas Fonnesbaek.

Sinne Eeg, ce n’était pas tout à fait de l’inconnu pour le public drômois du Château, même si on doit reconnaître que les voix danoises, dans la région, ne sont pas monnaie courante. On n’était pas vraiment dans l’attrait de l’inconnu, mais plutôt dans l’opportunité d’enfin écouter cette voix si particulière, dans ce cadre si particulier. Et la salle s’est naturellement comblée, cette salle où « les places sont rares » et, on a envie de dire, se méritent.

Le moment de l’attrait, et de la curiosité passés, c’est au tour de l’artiste de monter sur la scène. Des artistes, en l’occurrence, puisque, dans cette prestation, Thomas Fonnesbaek est « l’ombre » de Sinne Eeg, avec qui il fait corps.

Ah oui ! Au passage… tous les échanges (vers le public) se sont faits en anglais… ouf… on craignait un film en danois tout le long…

D’entrée, l’instrument essentiel de Sinne – sa voix – donne toute sa force, et sa puissance. Étonnante. Étonnante dans son timbre. On aurait pu s’attendre à une voix « de petite sirène » comme la Suède voisine nous en propose souvent mais Sinne Eeg est plutôt dans le style qui percute, tout en nous entourant systématiquement d’un cordon de volupté.

Un duo voix-contrebasse, il fallait oser. Ou s’appeler Sinne Eeg et Thomas Fonnesbaek car ces deux-là occupent une scène à la perfection, sans jamais nous laisser en bord de route. Au jeu puissant de Thomas sur sa contrebasse – ce gars-là est machiavélique dans le maniement de ses cordes à qui il fait donner le meilleur, même au forceps – répond la voix de Sinne (est-ce que cette voix connaît une frontière) qui, à elle seule, regroupe de nombreuses instrumentalisations.

Pendant cette soirée, on aura entendu des standards, des standards qui nous auront fait traverser tous les continents et rehaussés à la sauce danoise tout de même, mais aussi des compositions personnelles, originales, de Thomas qui, pour certaines, abandonne un court moment sa contrebasse pour s’assoir, et avec quel plaisir pour nous oreilles, à la basse électrique.

Avez-vous déjà entendu The long and widing road ou Yesterday par Sinne Eeg ? Voilà deux titres des Beatles que le duo a « in love ». Et ô combien cela s’est ressenti. Dans cette interprétation, comme dans les autres du reste, on dirait que Sinne « compense » ses origines du froid par une chaleur vocale énorme qui nous frappe en pleine face. Inédit, inattendu et simplement beau.

La pioche aura donc été encore bonne. Passer du répertoire des Beatles à l’interprétation de la toute première bossa nova produite sur cette Terre, et à plein d’autres explorations… oui, décidément, l’expérience aura été plus que concluante, et personne n’a regretté son détour ni sa soirée.

Un final avec The autumn leaves, merveilleux de pureté, nous aura fait quitter, avec beaucoup de regrets ce monde vocal danois, magistralement incarné par Sinne Eeg. Enfin, un final…. plus deux rappels derrière quand même. Mais il fallait au moins ça…

 

Ont collaboré à cette chronique :

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