(01) AinJazz à Fareins

30/11/2019 – Ibrahimova-Stantchev-Yankoulov Trio à Jazz à Fareins

C’est le duo du pianiste Mario Stantchev qui animait la première partie de cette troisième soirée de la dix-septième édition (déjà) du Jazz à Fareins, « Le plus beau des petits festivals en France » (dixit Mario Stantchev), initié par Jacques Seigneret et se distinguant par sa convivialité, son remarquable accueil et la présence d’un groupe musical se chargeant de l’animation entre les prestations des invités.

Mario Stantchev au piano « le plus grand pianiste de jazz bulgare en France » dont nous ne nous lassons pas depuis des décennies, de louer l’immense talent, ambassadeur en France d’une musique dont le qualificatif de jazz ne saurait être que réducteur, nourrie de toute la richesse de sa culture « mitteleuropa », il est à la musique ce que Musil, Proust ou Thomas Mann sont à la littérature, des agrégateurs de langues et de culture, pour le meilleur et quelques fois le pire, constituant néanmoins le socle incontestable de ce que l’on considère comme l’ADN de la modernité occidentale.

Un musicien incontournable donc, témoin vivant au-delà de sa propre personne, de son époque, venu accompagné de Stoyan Yankoulov, une autre star bulgare de la percussion, magnifique batteur qui n’a pas lâché le pianiste d’un pouce, le suivant dans toutes ses trajectoires, le précédent quelquefois, le provocant aussi, bref, le stimulant positivement pour lui permettre avec lui, de produire le meilleur de lui-même ; sans compter sa magistrale démonstration en solo, de sa maîtrise hallucinante du tupan, ce tambour maintenu en bandoulière dont il joue debout, frappé d’un coté par une mailloche et de l’autre par une fine baguette, avec lequel il sort une rythmique semblant tout droit sortie d’une batucada.

En en guest star, excusez du peu, Mario avait invité son amie de trente ans, l’icône balkanique, la Oum Kalsoum de l’empire post Ottoman, la chanteuse star méditerranéenne Yildiz Ibrahimova, toute auréolée de sa notoriété mondiale, élue ambassadrice spéciale des Nations Unies (comme notre Enrico Macias, ce n’est pas peu dire) à Johannesburg en Afrique du Sud en 2002, élevée au rang de modèle international du jazz transfrontralier, capable de tenir les plus grandes scènes européennes, seule et en solo, en équilibre sur sa tessiture à quatre octave.

En pointe devant le diabolique duo (formant ainsi un trio vous l’avez compris), la diva nous a ébloui par son sens de l’à propos, s’appropriant sans difficulté aucune, toutes les propositions du maestro pianiste, ultra directif, émaillant son discours de toutes les balises requises, autant de signaux ostentatoires et nécessaires au bon déroulement du parcours de la diva, venue visiblement un peu démunie d’une quelconque connaissance du répertoire sur lequel elle devait s’illustrer, mais s’appuyant sans complexe sur ses talents reconnus d’improvisatrice, notamment sur cette version de  Black Orphéus, où elle a crevé le plafond.

Ce fut donc une rencontre impromptue, sans filet et excellent exemple de ce que l’on peut qualifier à juste titre de musique improvisée, avec tous les aléas constitutifs du style.

Mario Stantchev: piano ; Stoyan Yankoulov: batterie, tupan ; Yldiz Ibrahimova: voix

 

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