(38) IsèreJazz Club de Grenoble

20/05/2018 – Alfio Origlio & Noé Reine à la salle Stendhal

NDLR : Il s’agit d’un duo alors notre équipe de chroniqueurs a décidé de proposer également un duo de chroniques

On commence avec celle de Philippe Simonci pour enchainer sur celle de Bernard Otternaud

 

 

Le pianiste, compositeur et arrangeur Alfio Origlio a désormais endossé l’habit très respectable de « mentor », il l’assume fièrement mais surtout y trouve un plaisir communicatif, j’en veux pour preuve son sourire, l’éclat particulier de son regard porté sur son compagnon musical du moment et le degré d’écoute des nombreux auditeurs de ce dimanche après-midi, enfin printanier. Après nous avoir montré ce que nous autres, les prétendus aficionados du jazz, ne connaissions pas : ce duo devenu trio explosif et jouissif qu’il fait vivre avec Alem (Maël Gayaud), grand spécialiste de l’art de la beat-box qui va même accéder au titre de champion du monde (depuis 2015…). Après avoir pris sous son aile une chanteuse multi talents, déjà connue et admirée, il lui donne en écrin aussi douillet que dynamique un trio prestigieux, lui offre les concerts et le studio, le disque arrive avec Mademoiselle Célia Kaméni. Voilà que depuis une année déjà c’est avec un tout jeune guitariste prodige qu’il se produit en duo intime, voir en quartet de luxe avec Noé Reine. Les compositions de Noé, elles n’ont pas encore de titre…, celles d’Alfio ou celles de Giuseppe Verdi, d’Ennio Morricone ou de Chick Corea (tous italiens… en maîtres incontestés de l’aria) sont les tremplins de leur admiration mutuelle, pour le coup leurs regards ne s’échappent que pour vérifier sur le papier, les accords à venir. Délicatesses harmoniques, dynamisme des improvisations libres qui se développent là où nous n’allions pas, Noé apporte un univers « music trip » à la manière d’un Pat Metheny à ceux, très personnels du pianiste, il est là le jazz libre et contemporain. Alfio le mentor, il l’est également avec ses confrères pianistes, c’est Mark Priore qu’il a poussé dans cette voie où il brille déjà, désormais reconnu par ses pères, à quand le duo ?

Photo extraite du film « Le nom de la rose » de Jean-Jacques Annaud (1986)

Philippe Simonci

 

 

« Ne soyez pas affligés quand la mélodie de votre
cœur se tait : il se trouvera bientôt des doigts
pour la réveiller. »
Hölderlin, Hypérion

 

Les photos d’Olivier Galea (pour l’affiche du concert) et de Sébastien Cholier durant le concert disent bien l’essence du projet : ouvrir un espace sonore à deux, ou le dialogue musical, la jubilation deviennent possible : le pianiste (Alfio Origlio) prend un moment de recul par rapport à son clavier, comme s’il le découvrait à nouveau. Dans le creux du bras et de l’épaule, le guitariste (Noé Reine, 20 ans) vient se loger, se lover et faire vivre ses improvisations.

 Echanges d’harmonies neuves (AABAC –ou le thème innommé de Noé) sur des modes pleins de saveur ; mélodies audacieuses ( Squirrel– Noé encore) ou quelques notes de pointes, inattendues, à l’écart maîtrisé par rapport au jeu harmonique, comme l’écureuil sur le chêne tutélaire, viennent surprendre, créer et renouveler l’émotion. Propositions  rythmiques dansantes (la Marseillaise revue et corrigée par les bons soins d’Alfio, à la sauce parfois caribéenne, parfois bop),  comme le jeu d’une provocation joyeuse, qui vient relancer l’échange, ouvrir l’oreille du public vers d’autres possibles … harmoniques mélodiques, rythmiques…  Imaginary World (Noé) ; La douceur du jeu pianistique d’Alfio convient à merveille au jeu de Noé. Ses pickings –( avec le piano étouffé à la main imitent ceux de la guitare (Dans Il était une fois la Révolution par exemple d’Ennio Morricone). Mimétisme réciproque d’Alfio et Noé. Et il y a de la Ballade à Loulou dans le Clan des Siciliens, de la jubilation dans LE fameux Matrix de Chick Corea, et dans le Mac Do c’est fini d’Alfio en rappel. Rappel bien sûr pas inattendu du tout, puisque  E lucevan de Stelle, (Puccini) c’est beau à pleurer !

Décidemment, il se passe là quelque chose d’in-ouï, qui fait beaucoup plus que craquer les vieux cadres de styles passés, jamais dépassés ; puisque en fait, la liberté, c’est toujours autre chose. Vivre la musique, comme à chaque époque les créateurs l’ont toujours fait vivre, s’appuyant bien sûr, sur un savoir faire et des traditions, mais sans les répéter, pour s’élancer vers des contrées à la fois nouvelles et familières, qui parlent à l’oreille et au cœur d’aujourd’hui !

Le duo Alfio-Noé, vous en entendrez bientôt parler, vous l’entendrez  chanter, puisque le CD en préparation, c’est pour bientôt !

Bernard Otternaud

Ont collaboré à cette chronique :

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