(69) RhôneSaint-Fons Jazz

24/01/2020 – Renaud Garcia-Fons Trio au Saint-Fons Jazz

« La Vie devant soi »

Bien évidemment la rencontre entre Saint-Fons Jazz et Renaud Garcia-Fons devait se produire un jour (homonymie oblige) même s’il aura fallu attendre plus de vingt éditions du festival pour que cela arrive  devant les  fidèles de ce premier rendez-vous jazzistique de l’année toujours merveilleusement accueilli  dans un Théâtre Jean Marais affichant quasiment complet ce soir.

 Familier du flamenco et de toutes les musiques voisines des rivages de la Méditerranée jusqu’à celle de l’Orient plus ou moins proche, le contrebassiste Renaud Garcia-Fons a choisi pour son projet « La vie devant » soi de se tourner vers le Paris cosmopolite d’hier et d’aujourd’hui , prétexte à toutes les rencontres possibles . C’est bien  le roman d’Emile Ajar alias Romain Gary portant ce titre (prix Goncourt 1975) qui a soufflé son titre au projet comme pour lui insuffler la part d’espoir et d’humanisme qui relie les héros de l’histoire : un petit orphelin arabe et une ancienne prostitué juive merveilleusement incarnée quelques années plus tard au cinéma par Simone Signoret…

Autour de sa contrebasse à cinq cordes et de son jeu éminemment mélodique et chantant,  Renaud Garcia-Fons a réuni deux  complices  qui rivalisent de virtuosité sur leurs instruments respectifs : l’accordéon pour David Venitucci et le  vibraphone / batterie en alternance pour Stephan Caracci, l’objectif du trio restant de créer ensemble une sorte de musique de chambre à dominante acoustique qui prend toute sa dimension dans un lieu comme le Théâtre Jean Marais.

Pour le concert de ce soir c’est quasiment l’intégrale de l’album « La vie devant soi » (E-motive Records 2017) qui sera interprété en commençant sereinement par Revoir Paris, comme une invitation à déambuler sur les grands boulevards aux cotés de Charles Trenet. La tension  monte d’un cran avec Je prendrai le métro suivi de Montmartre en courant  où l’énergie de la ville lumière s’exprime  au gré de l’expression musicale des trois instrumentistes au premier plan duquel  le jeu varié de Renaud Garcia-Fons qui alterne passages à l’archet avec  des  moments plus classiques  ou il caresse les cordes avec  les doigts ou encore les frappent  avec l’archet quand ce n’est pas pour utiliser le bois de la contrebasse comme percussion . Pour Après la pluie, inspirée d’une photo de Robert Doisneau, on change complétement de couleur musicale avec le passage de Stephan Caracci  de la batterie au vibraphone pour apporter de belles tonalités aériennes qui nous accompagneront  aussi tout au long des Rues Vagabondes. Retour de Stephan Caracci vers la batterie pour Les écoliers hommage à Sempé et Goscinny à travers le petit Nicolas et pour Monsieur Taxi  qui dès son intro à l’accordéon nous entraine dans diverses pérégrinations avec toute la gouaille imaginée d’un Michel Simon. Le voyage dans le temps et l’espace à travers Paris se poursuit avec une promenade Le long de la Seine toute en délicatesse ;  elle nous conduit tout droit vers le final  avec  la superbe évocation du roman La vie devant soi  ou à travers la multiplicité des jeux  de Renaud Garcia-Fons tant à l’archet que dans sa frappe des cordes ou encore par des effets générant  des basses profondes nous sommes entrainés dans des univers musicaux diversifiés (de l’occident à l’orient ) qui font ressentir toute la diversité culturelle de Paris et les multiples possibilités de rencontres qui en découlent. Le public est sous le charme et il ne faudra pas moins de trois rappels pour le satisfaire avec  notamment une plaisante reprise d’un thème du plus sétois des poètes parisiens Georges Brassens et son immortel Je me suis fait tout petit. En résumé un généreux concert par un trio bien inspiré dans un théâtre qui permet une grande proximité musiciens et spectateurs.

Ont collaboré à cette chronique :

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